À droite toute !

Allons donc tout droit à notre perte

[ lundi 28 mai 2007]


Position de l’AESS

Depuis l’hiver 2005 l’AESS a une position - qui sera d’ailleurs rediscutée en septembre mais qui demeure malgré tout la nôtre - de gratuité scolaire. De plus, nous avons adopté une position contre les hausses de frais afférents, les qualifiant de taxe déguisée qui ne fait qu’accentuer le désengagement de l’état dans nos universités. En gros, nous considérons que l’éducation, plus précisément l’université si l’on veut bien circonscrire le débat, est un bien commun, public, qui doit nécessairement être accessible pour tous, peu importe le milieu socio-économique d’origine. L’éducation doit donc être financée par l’État.

Mais pourquoi donc ? L’État joue notamment le rôle d’aplanir les inégalités entre les riches et les pauvres et ce par le biais de la fiscalité (taxes, mais surtout les impôts). Si les mieux nantis-es paient davantage d’impôts, ils financeront davantage le système d’éducation. Si celui ne coûte rien à l’admission/inscription, peu importe le revenu de ta famille ou le tien, tu pourras étudier à l’université et ce sans endettement, idéalement.

Le problème avec les frais afférents et le dégel des droits de scolarité c’est qu’ils s’inscrivent dans une logique inverse ; l’éducation devient un choix individuel, un consommable, que l’étudiant-e doit payer. De ce point de vue l’éducation rapporte à l’étudiant-e et non à la société dans son ensemble ; pas question de nier ici le fait que la formation universitaire nous sera bénéfique, mais n’oublions pas que les universitaires paieront davantage d’impôts et que, par exemple, un médécin aura quand même pour emploi de soigner/sauver des vies ! En terme d’impôts les universitaires rembourseraient très largement les coûts de leur formation ! Les mieux nantis-es pourront régler la note, mais à un certain moment donné, de plus en plus d’étudiants-es ne pourront plus le faire. Nous bousillons donc cet aspect égalitaire recherché.

Mais, les prêts et bourses ? J’irai de deux éléments :

Est-il logique de prélever des $ à un-e étudiant-e qui ne les a pas, sous la promesse de lui les retourner sous forme de prêts et de bourses ? Je te demande 1000$, tu ne les as pas, mais tu les paies quand même, tu n’en as pas le choix si tu veux étudier, je te "rembourse" en te redonnant 800$ en prêts (que tu devras me rembourser plus tard !) et 200$ en bourses. Nous misons donc sur l’endettement.

Le deuxième élément est que les prêts et bourses sont introduits pour aplanir les inégalités entre les riches et les pauvres ; mais un instant... c’est à l’impôt de faire ça ! Pourquoi les impôts ne sont plus utilisés à cette fin ? C’est simple, puisque - et là je généralise un courant de pensée, mais de le nier serait, comment dire, se mettre la tête dans le sable - les mieux nantis-es en ont ras le bol de payer pour les autres - ou de tout bonnement payer des impôts aussi élevés - alors ils, elles excercent une pression à la baisse sur l’État. Pire encore, la classe moyenne, qui peine à joindre les deux bouts, réclament aussi ces baisses, mais sans toutefois en saisir le danger à moyen, long terme, c’est-à-dire que les services auxquels elle pouvait accéder gratuitement ou presque (on commence par l’éducation, mais viendra forcément la santé tôt ou tard) deviendront payants. Tant mieux, dirait-on, pour ceux et celles qui n’en avaient pas besoin ou qui ne désiraient pas étudier à l’université, mais pour les autres... les riches seront plus riches (car les frais afférents et les soins de santé ne leur coûteront jamais aussi cher que les impôts) et les pauvres, bien, plus pauvres.

Dégel des droits de scolarité

50$ de dégel n’est pas une mesure d’égalité. 50$ ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Le 50$ a-t-il été établi en fonction du maximum que peut payer le plus riche d’entre nous, le plus pauvre, entre les deux ou de façon arbitraire ? Une chose demeure, il y a au moins un-e étudiant-e pour qui le 50$ sera de trop, c’est évident. Nous ne nous en offusquerons pas parce que ce dernier, cette dernière, sera en très faible minorité ou nous serons solidaires avec lui, avec elle ? Le débat ne doit pas s’articuler autour du montant, car invariablement ça serait dire que nous sommes d’abord chacun de notre côté, mais que si notre côté devient trop populeux, là ça ne passe pas ! Et si celui ou celle qui considère que 50$ ce n’est rien, qu’il, qu’elle aurait pu payer 200-300$ de plus, payait pour les 3 ou 5 autres étudiants-es qui ne le peuvent pas ?

Sinon, ajuster la hausse des frais afférents/dégel des droits de scolarité selon le revenu de l’étudiant-e ? On ne parlerait pas de l’impôt en fait ici ?

La stratégie des associations facultaires étudiantes de l’UQAM

Les associations facultaires étudiantes de l’UQAM se battent pour un réinvestissement public en éducation. L’UQAM a longtemps résisté à la hausse multipliée des frais afférents. Ses consoeurs ne l’ont pas fait (dont McGill, UdeM, Concordia, et Laval surtout) et ont misé sur des hausses importantes de ces frais. Ces dernières demandent aujourd’hui un dégel des droits de scolarité. C’est un élément de taille ; les frais afférents ne suffisent pas au financement des universités. La direction de l’UQAM en tire - et non à la fois - les conclusions de cette débâcle. Si l’UQAM aujourd’hui a augmenté ses frais afférents, c’est parce qu’elle a, elle aussi, succombé à la facilité. Refiler à court terme la facture aux étudiants-es au lieu de renverser la vapeur et replacer l’éducation là où elle devrait se trouver, c’est-à-dire dans les priorités de notre société comme "service" public essentiel, est une tâche drôlement plus aisée. Où cela nous mènera-t-il ? Sans doute au même point que les consoeurs de l’UQAM ; avec des déficits, des étudiants-es davantage endettées et ultimement la baisse de l’accessibilité.

Il fallait empêcher la hausse. Il fallait mettre en pratique nos valeurs et principes et stopper l’hémorragie. Refusons les hausses de frais, constatons les dégâts que cela cause, mais surtout l’impact négligeable qu’elles ont sur le financement de nos universités en contrepartie des impacts qu’elles ont sur les étudiants-es. Pourquoi emboîter le pas dans une voie dont nous connaissons l’issue ? Battons-nous pour un réinvestissement public.

Très malheureusement, ça n’a pas fonctionné. Les hausses sont maintenant bien réelles. La direction de notre université n’a pas respecté ses engagements ; elle avait promis de ne pas augmenter les frais afférents sans une entente au préalable avec les associations étudiantes. Aucune entente n’a été conclue.

Quelle est la prochaine étape ? Pouvons-nous encore tenter de les empêcher, de les renverser ? Pouvons-nous avaler la pilule et s’assurer de l’aspect utilisateur/payeur de la chose, c’est-à-dire voir à ce que ces frais "améliorent nos conditions" ? Pouvons-nous le faire à l’aube d’une réflexion, d’une possible mobilisation contre le dégel des droits de scolarité ?

Chose certaine, la co-gestion (c’est-à-dire la gestion administration + étudiants-es des frais afférents) n’était pas souhaitable à priori. Pensons juste à la CANO. Qui détient les cordons de la bourse ? L’administration. Elle détient le pouvoir de dire NON, sous l’effet de ne pas débloquer les fonds. Elle a donc son mot à dire sur les projets que nous voudrions mettre de l’avant, et pas juste d’un point de vue logistique, mais également - et malheureusement - sur un plan idéologique. Idéologiquement, justement, nous ne pouvons que nous questionner sur les valeurs et les principes de la direction de notre université. Nous payons la totalité, mais nous devons faire approuver par un tier les projets que nous désirons financer. Je ne suis pas d’accord. Maintenant que les hausses sont effectives, est-ce là la dernière avenue que nous emprunterons ?

Patrick Véronneau
Coordonnateur général AESSUQÀM