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Après l’UQAM c’est le tour de l’UdeM

[ vendredi 14 décembre 2007]


Déficit budgétaire : Québec retient la subvention de l’UdeM

Clairandrée Cauchy
Édition du vendredi 14 décembre 2007

Après l’Université du Québec à Montréal (UQAM), c’est maintenant au tour de l’Université de Montréal (UdeM) de voir une portion de sa subvention retenue par le ministère de l’Éducation, en raison de sa mauvaise situation financière, a appris Le Devoir. L’université sur la montagne entend également emboîter le pas à sa collègue du centre-ville en imposant une hausse des frais afférents oscillant entre 230 $ et 560 $, selon les catégories d’étudiants.

Le ministère de l’Éducation retient depuis juin dernier une subvention conditionnelle de 46 millions pour l’année 2006-07, en attendant que l’Université de Montréal présente un plan de retour à l’équilibre à la satisfaction de Québec. Des mesures de redressement ont bel et bien été présentées au cours de l’automne, mais ces dernières n’ont pas permis le versement immédiat de la subvention. Des pourparlers se poursuivent actuellement entre Québec et l’UdeM.

« On emprunte en attendant des millions de dollars et le coût de l’emprunt se chiffre en milliers de dollars. Ce coût n’est pas remboursé [par le gouvernement] », explique la responsable des communications de l’Université de Montréal, Sophie Langlois, sans toutefois préciser l’ampleur des frais financiers que l’établissement doit assumer. Un rapide calcul laisse cependant entrevoir que le coût d’un tel emprunt, si la subvention devait se faire attendre pendant un an, s’élèverait à environ 2,3 millions, en tenant compte d’un taux d’intérêt de 5 %.

L’Université de Montréal a enregistré un déficit l’an dernier de 12,5 millions et prévoit que celui-ci s’élèvera à 18,8 millions cette année, pour un déficit total de 120 millions à la fin de 2007-08. « On a soumis à Québec nos prévisions pour les années à venir, qui prévoient le retour à l’équilibre pour l’année 2009-10, on a répondu à toutes leurs questions », poursuit Mme Langlois. C’est la première fois qu’une telle subvention est ainsi retenue par Québec.

Voilà maintenant trois ans que les universités sont assujetties à un tel mécanisme de reddition de comptes. Lorsqu’une université présente ses états financiers, pour l’année financière terminant en juin, le ministère de l’Éducation évalue s’il verse la subvention conditionnelle, qui correspond à environ 11 % de la subvention totale de l’université, explique la sous-ministre adjointe à l’enseignement supérieur, Hélène P. Tremblay. Lorsque les états financiers sont écrits à l’encre rouge, l’université doit présenter « des mesures de retour à l’équilibre sur un horizon qu’on pourrait juger raisonnable, qui sont crédibles », précise Mme Tremblay.

Si les mesures ne sont pas considérées comme satisfaisantes, des « échanges informels » s’amorcent alors entre le ministère et la direction de l’université. C’est ce qui est en cours dans le cas de l’Université de Montréal. « Les relations sont très bonnes avec l’Université de Montréal », souligne Mme Tremblay, sans toutefois donner un échéancier pour le versement de la subvention.

« Deux dégels et demi »

Au moment où les colonnes des revenus et des dépenses sont scrutées à la loupe en vue de la préparation du prochain budget, la direction de l’université a par ailleurs informé l’association étudiante qu’elle souhaitait hausser les frais afférents de 230 $ par année. Des frais supplémentaires de 330 $ par année seraient également exigés des étudiants des cycles supérieurs qui ont terminé leur scolarité et rédigent leur thèse. Ces augmentations représentent des revenus supplémentaires de l’ordre de six millions par année dans les coffres de l’UdeM.

L’administration jure cependant qu’il n’y a pas de lien entre ces hausses et le déficit de l’université. « On viserait ainsi à maintenir le niveau de services ou à en développer de nouveaux », fait valoir Mme Langlois, soulignant que certains frais n’ont pas été indexés depuis huit ans.

Les hausses projetées devraient être adoptées au début de janvier par le comité exécutif de l’université. Le projet comprend une hausse de 120 $ par année pour les services aux étudiants, une autre de 60 $ pour les frais de gestion ainsi qu’une cotisation automatique non obligatoire de 50 $ dans un fonds de soutien, pour des projets dont l’administration ne pouvait préciser la teneur hier. À ces 230 $ supplémentaires par année s’ajoute également une augmentation de 30 à 50 $ des frais d’admission (selon que la demande est faite de façon électronique ou par écrit).

Les frais afférents des étudiants passeraient ainsi de 491 $ à 721 $ par année, auxquels il faut ajouter un montant de 80 à 100 $ pour l’admission.

La facture serait encore plus salée pour ceux qui rédigent une thèse de maîtrise ou de doctorat. Ces derniers devraient payer 165 $ par session pour les services aux étudiants lorsqu’ils ont terminé leur scolarité.

La Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM) s’insurge contre une telle hausse, qui vient s’ajouter au dégel de 100 $ des droits de scolarité décrété cette année par Québec, qui se poursuivra jusqu’à atteindre 500 $ après cinq ans.

« C’est l’équivalent de deux dégels et demi », lance la secrétaire générale de la FAECUM, Julie Bouchard.

Elle s’insurge d’autant plus que la direction n’a présenté, selon elle, aucun plan de développement des services pour expliquer sa hausse. « Cela ne vise même pas à financer des activités spécifiques. [...] Nous n’avons pas à payer parce que l’université est en déficit. [...] Québec nous fait payer plus cher, les recteurs aussi. Il y a une sacrée limite. Les étudiants sont les seuls à donner plus à l’université, le gouvernement ne réinvestit même pas », argue Mme Bouchard, promettant de concocter un plan d’action pour contrer la hausse cet hiver.

Elle s’interroge sur le moment de l’annonce de la direction, à deux semaines des vacances des Fêtes, alors qu’un plan du gouvernement sur l’encadrement des frais afférents se fait attendre.

Après une consultation en ligne tenue cet automne, la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, doit en effet présenter au début de l’année 2008 des mesures pour encadrer les frais afférents, attendues initialement pour décembre. Au cabinet de la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, on ne pouvait préciser hier la nature de cet encadrement, ni dire s’il s’appliquera de façon rétroactive aux hausses qui auraient été adoptées par les universités avant sa présentation.