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Le clou du spectacle !

Après la répression policière, la répression académique

[ mercredi 21 novembre 2007]


Bien le bonjour à vous toutes et tous,

D’entrée de jeu, je vous préviens que je ne mâcherai pas mes mots. Bien qu’il y aura bon nombre d’éléments factuels rapportés ici, il n’en demeure pas moins qu’une analyse politique - si vous me prêtez l’expression - doit être faite pour bien saisir la portée des décisions qui ont été rendues aujourd’hui à la Commission des études de l’UQAM.

Cette instance, qui chapaute les 7 conseils académiques des 7 facultés de l’UQAM, a pour mandat de fixer les modalités et objectifs à atteindre en vue de la validation d’un trimestre de cours. Une réunion spéciale de la Commission des études a lieu aujourd’hui pour aborder la question du retour en classe suite à la semaine de grève, mais également à la suite des différentes levée des cours votées cet automne (le jeudi 8 novembre en après-midi et en soirée pour les sciences).

Veuillez prendre note que l’extrait que je cite ici provient d’un document que nous avons reçu séance tenante à la Commission des études, document qui contenait une proposition complexe, en plusieurs points, et qui a été soumise au vote sans aucune consultation au préalable :

« Par le passé, quand l’interruption du trimestre a été de trois semaines ou moins, il revenait aux responsables des cours, de concert avec les autorités compétentes, de convenir, avec leur groupe-cours, des mesures de récupération (dit « consolidation ») permettant l’atteinte des objectifs fixés au début du trimestre et ce, dans le respect des dispositions réglementaires applicables. Quand l’interruption du trimestre s’est prolongée au-delà de trois semaines (notamment en 1976, 1979, 1987, 1990 et en 2005) la Commission des études a été saisie du dossier. À ces occasions, une prolongation de la session a été décidée en validant les trois premières semaines d’interruption selon les dispositions mentionnées précédemment (par la « consolidation ») puis, en ajoutant au trimestre régulier le nombre de journées supplémentaires perdues, le tout étant assorti de grandes balises académiques ou administratives et de directives sur des cas particuliers. »

La paragraphe qui précède relate donc les modalités appliquées à l’UQAM depuis 30 ans lorsqu’il y avait interruption d’un trimestre, notamment par des grèves.

Je ne me ferai certainement pas le défenseur de la tradition, mais je persiste à croire qu’avant de modifier des pratiques que je pourrais qualifier de courantes, il faut procéder à un minimum de réflexion sur la question. Vous devinez donc ici que la Commission des études a décidé de prendre une autre direction. Quelle est-elle ?

En 2005, un cours était jugé valide si au moins 36 heures de matière avaient été dispensées (12 semaines). Sans aucune raison apparente, en 2007, il n’est plus question de 36 heures, mais bien de 45 heures (15 semaines, soit la durée d’un trimestre). Évidemment, une porte est entre-ouverte : « [...] Il est cependant possible qu’un cours comporte moins de 15 séances par exemple à cause d’un congé férié ou d’un congé dû aux élections ou en vertu d’un horaire aménagé comme, par exemple, dans les cours intensifs. ». Aucune mention pour une levée des cours ou d’une grève (rien de bien surprenant).

Allons-y plus en avant avec les modalités :

- Si une période de cours ou d’activité de formation de trois heures n’a pas eu lieu. Rien qui sort de l’ordinaire (voir ci-haut) : « Le responsable de ce cours doit mettre en place des mesures qui permettront d’attester l’atteinte des objectifs de formation. [...] ».

Là où ça se gâte :

- Si deux périodes de cours ou d’activité de formation de trois heures n’ont pas eu lieu (un même cours de 3 heures manqué 2 fois) : « Le responsable de ce cours [...] doit prolonger la période cours ou de formation d’une heure pendant 3 semaines. ».

- Si trois périodes de cours ou d’activité de formation de trois heures n’ont pas eu lieu (un même cours de 3 heures manqué 3 fois) : « Le responsable de ce cours, en plus des mesures énoncées [au point précédent,] doit reprendre la troisième période de trois heures dans les jours qui suivent la fin du trimestre avant le début des vacances de Noël, entre le 18 et 21 décembre 2007 [...]. »

Léger détail : signalons que la fin du trimestre en sciences est le 19 décembre.

- Si quatre périodes de cours ou d’activité de formation de trois heures n’ont pas eu lieu (un même cours de 3 heures manqué 4 fois) : « Le responsable de ce cours, en plus des mesures énoncées [au deux points précédents,] doit reprendre la quatrième période de trois heures dans les jours qui suivent la fin du trimestre avant le début des vacances de Noël, entre le 18 et 21 décembre 2007 ou après le retour des vacances, le jeudi 3 janvier ou vendredi 4 janvier 2008. [...] ».

- Si au moins deux périodes de cours d’un même cours n’ont pas eu lieu, il sera possible d’ouvrir et de modifier l’entente d’évaluation à la majorité des voix des étudiants-es présents-es. Aucune évaluation ou remise de travaux ne seront exigées pour la première séance de ce cours.

Ce que nous devons en déduire c’est qu’il y a donc une directive de prolonger systématiquement les cours d’une heure du moment que deux séances d’un cours n’ont pas eu lieu.

En 2005 (année de référence s’il en est une), il était plutôt question de réouvrir les ententes d’évaluation dans chacun des groupes-cours et d’y aller au cas par cas. L’avantage de cette méthode était que les particularités propres à chacun des groupes-cours, de chacun des programmes, étaient discutées par les premiers, premières visées, c’est-à-dire les enseignants-es et les étudiants-es. Au lieu de ça, la Commission des études a opté pour une règle stricte (et non rigoureuse, désolé) et systématique qui rencontrera bien des embûches au sein de cours qui ne sont pas d’une durée de trois heures, comme par exemple des ateliers de danse, des périodes de cours de 1h30 en sciences et de 2 heures en science politique, des laboratoires en chimie/biochimie et biologie et j’en passe !

Le revirement de situation concernant le passage de 36 à 45 heures m’apparaît davantage comme une mesure punitive qu’académique. Nous avons opté pour une grève, il est maintenant le temps de payer pour.

Jamais je n’ai dit que la grève n’aurait aucune conséquence sur le plan académique. Bien entendu que de la matière devra être reprise, il en a toujours été question, mais il y a une marge à voter une mesure de prolongation systématique des cours. Il est fort probable que dans bien des groupes-cours la matière puisse être condensée pour s’insérer dans une plage horaire normale sans prolongation.

Par une règle qui devait éviter de nombreux cas d’exceptions, je crois que nous venons de nous doter d’une règle qui ne fera que soulever des exceptions.

Je crois qu’il est à propos de mentionner que la Commission des études n’a ni plus ni moins qu’adopté des mesures anti-grève. Si nous compilons les périodes de cours qui n’ont pas eu lieu à cause de la semaine de grève et des levées des cours et que les modalités de 1976, 1979, 1987, 1990 et 2005 étaient toujours mises de l’avant, j’en comprends que les « pénalités académiques » de cette grève auraient été franchement moins sévères. Après la répression policière et la folie de la sécurité, nous en voici donc à la répression académique.

Essayez maintenant de me faire croire que ses mesures n’ont rien à voir avec la menace qui pèse d’une grève générale illimitée cet hiver.

Patrick Véronneau
Coordonnateur général AESSUQÀM