Accueil du site > Dernières nouvelles > Crise financière UQAM > Déficit budgétaire : l’UQAM veut éliminer des programmes

Dossier UQÀM et gouffre financier

Déficit budgétaire : l’UQAM veut éliminer des programmes

Paru aujourd’hui dans Le Devoir

[ mercredi 13 juin 2007]


Le Devoir LES ACTUALITÉS, mercredi 13 juin 2007, p. a1

Déficit budgétaire : l’UQAM veut éliminer des programmes

Le plan de redressement de l’université prévoit des économies de 129 millions sur cinq ans

Cauchy, Clairandrée ; Lévesque, Kathleen Le Devoir

L’UQAM propose des compressions de 129 millions de dollars en cinq ans pour redresser sa situation financière et répondre aux exigences dictées par la ministre de l’Éducation. Au coeur du plan, on prévoit une révision en profondeur de sa mission académique, pouvant mener à l’abandon de certains cours, voire de programmes entiers.

Selon le projet de plan de redressement présenté hier à son conseil d’administration, dont Le Devoir a obtenu copie, les mesures de redressement permettraient de réduire de moitié le trou budgétaire anticipé pour les cinq prochaines années. De 303 millions, il passerait à 147 millions, une fois les mesures d’économies mises en vigueur, ainsi que les hausses de frais afférents imposées aux étudiants.

Le projet de plan de redressement, présenté hier aux membres du conseil d’administration, devrait faire l’objet d’un vote aujourd’hui et être présenté au plus tard vendredi à la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne. L’Assemblée des gouverneurs du réseau des Universités du Québec l’étudiera à son tour la semaine prochaine.

Les prévisions budgétaires ne tiennent cependant pas compte des dépenses liées au projet de l’îlot Voyageur, qui fait l’objet de négociations entre la firme privée Busac et le négociateur mandaté par l’UQAM, Lucien Bouchard.

Réingénierie de la mission académique

La plus large part des économies (67 millions) est attribuable à un « redéploiement de l’académique ». Selon les informations obtenues par Le Devoir, l’UQAM entend, au cours des prochains mois, réviser l’ensemble de ses programmes et de son offre de cours.

Selon un compte rendu d’un comité de travail chargé d’élaborer les mesures de redressement académique, avec la collaboration de la firme PriceWaterhouseCoopers, l’UQAM procédera au cours des prochains mois à une recension des cours les moins populaires « en vue d’un délestage de la banque de cours ». On étudiera également la « viabilité des programmes », en posant un regard particulier sur ceux qui présentent « les plus faibles taux de demandes d’admission ».

Plusieurs programmes sont dans la mire de cette réingénierie, tels ceux des arts, de la mode, des langues ainsi que de la formation continue. Déjà, le projet de plan de redressement annonce l’abandon du programme destiné aux aînés âgés de plus de 50 ans, UQAM-Générations.

Une nouvelle plage-horaire pourrait par ailleurs s’ajouter à celles du matin, de l’après-midi et de la soirée, afin de maximiser l’utilisation des salles de classe. Des cours pourraient également être offerts dans les salles de spectacle relevant de l’université.

Il reste à voir si les mesures de redressement qui ont été discutées hier suffiront à convaincre la ministre de l’Éducation. Il est prévu dès la première année que l’UQAM génère 11 millions d’économies (compressions et hausses de frais pour les étudiants). Ce montant passera ensuite à près de 13 millions en 2008, à 24 millions en 2009, à 29 millions en 2010 et à 32 millions en 2011 et en 2012.

Ces scénarios de compressions permettraient à l’université de renouer avec l’équilibre dans son budget de fonctionnement en 2009. Mais cela ne marquerait pas pour autant la fin des déficits, puisque les frais financiers liés à l’utilisation de la marge de crédit et aux projets immobiliers continueraient de creuser le déficit global de l’UQAM. Au terme de l’exercice, en 2011-12, l’université continuerait d’enregistrer un déficit annuel de 22 millions.

L’UQAM est aux prises avec un problème financier gigantesque qui découle entre autres de ses aventures immobilières. La construction du Complexe des sciences a creusé un trou de 100 millions, accentué par le projet de l’îlot Voyageur, qui à lui seul représente un problème de quelque 200 millions.

Dans son rapport sur la dérive financière du Complexe des sciences, la firme KPMG a établi que le directeur des investissements alors en poste, Nicolas Buono, avait concocté deux versions du suivi budgétaire du projet, selon qu’il était destiné au conseil d’administration ou à son équipe. Cette double comptabilité était connue du supérieur de M. Buono, Mauro Malservisi. L’ancien recteur, Roch Denis, a toutefois affirmé l’avoir ignoré.

Ce n’est qu’en avril dernier que Le Devoir a révélé l’explosion des coûts de l’îlot Voyageur, engendrée notamment par une surévaluation de la rentabilité de certains éléments du projet (stationnement et tour de bureaux). Dès lors, la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, est intervenue. Le vérificateur général a hérité d’un mandat d’enquête pour l’ensemble du dossier, un plan de redressement a été exigé pour le 15 juin et le réseau de l’Université du Québec (UQ) a été appelé à accompagner l’UQAM dans ces travaux.

Il y a trois semaines, le conseil d’administration de l’UQAM a adopté pour l’année 2007-08 un budget que l’UQ n’a pas approuvé. Le réseau a plutôt accordé une autorisation de dépenses jusqu’en septembre.

Le temps presse pour l’UQAM, dont le manque de liquidités va croissant. Les états financiers n’étant pas approuvés depuis trois ans, l’université n’a pas reçu ses subventions annuelles de 28,7 millions du gouvernement. Au total, ce sont près de 100 millions que l’UQAM espère recevoir de Québec au cours des prochains mois.

La situation fragilise l’UQAM de façon telle que l’établissement risque de se retrouver dans l’incapacité de faire face à ses obligations à compter de la mi-juillet. Du coup, l’UQAM a décidé d’étaler le paiement des honoraires des professionnels liés au chantier de l’îlot Voyageur. Les factures sont payées sur une période de quatre ou six mois, plutôt que sur les 30 jours convenus.