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Équité pour l’UQÀM - par Bernard Élie, Professeur au département des sciences économiques de l’UQAM

Paru le 18 août dans Le Devoir

[ samedi 18 août 2007]


Opinion

"Equité pour l’Uqam"

Bernard Élie, Professeur au département des sciences économiques de l’UQAM. Membre du conseil d’administration de 1995 à 2001

Édition du vendredi 17 août 2007

Déjà largement sous-financée, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) doit subir, en plus, les conséquences des mésaventures immobilières de l’ancienne direction. Ces « égarements » ont entraîné ou entraîneront des pertes énormes, mais personne ne peut vraiment les évaluer avec exactitude. Une somme qui viendra hypothéquer le budget annuel de l’établissement, déjà très insuffisant. Vouloir faire payer ces « dépassements » à partir de ce budget dit de fonctionnement (ce qui semble le scénario envisagé), c’est condamner l’université à sa perte.

Le budget de fonctionnement annuel d’une université, budget qui doit être séparé du budget d’investissement, est consacré en très grande partie au versement des salaires. Ce qui est normal, les universités transmettant et produisant du savoir. Vouloir rembourser les découverts dans les investissements immobiliers à partir du budget de fonctionnement, déjà en déficit, sera catastrophique. Ce qui fait la force et la réputation d’une université, c’est la qualité de ses employés, de ses chargés de cours et de ses professeurs. En moins de 40 ans d’existence, l’UQAM compte maintenant plus de 45 000 étudiants et détient une place enviable dans la recherche, une remarquable réussite. Qui dit mieux ?

Consacrer une importante partie du budget de fonctionnement annuel au remboursement du gouffre immobilier, c’est donc réduire le personnel et les salaires, c’est couper chez les artisans de ce succès. Déjà, l’embauche de nouveaux professeurs a été gelée. L’UQAM est l’université québécoise qui compte le plus d’étudiants par professeur. Réduire encore le nombre de professeurs, c’est s’attaquer à la substance même d’un établissement d’enseignement et de recherche. Les 45 000 étudiants et les 5000 membres du personnel de l’UQAM ont-ils à payer pour les incompétences des autres ?

Nous ne parlons pas ici uniquement de l’ancienne direction. Les cadres du siège social de l’Université du Québec (d’ailleurs à quoi sert ce siège ?) et les hauts fonctionnaires du ministère de l’Éducation étaient-ils tous allés à la chasse aux papillons pendant plus de deux ans ? Les établissements financiers ont-ils accordé des prêts énormes à l’UQAM uniquement sur la garantie des beaux yeux d’un employé, même s’il avait le titre de directeur des investissements ? Soyons sérieux : comment ne pas conclure ici à des manquements graves aux plus élémentaires règles de gouvernance par ces « grands » gestionnaires ? Ces inconduites doivent-elles être assumées par les plus faibles, par les plus crédules, comme dans les grands scandales du monde financier de ces dernières années ? De plus, comment croire à la responsabilité d’un seul homme, le recteur « démissionné » ?

En toute équité, il faut séparer le budget de fonctionnement de celui des investissements et permettre ainsi à l’UQAM de poursuivre sa mission, sans avoir à subir une hypothèque très lourde et trop injuste. Que les débordements immobiliers, qui ne sont pas le propre de la seule UQAM, soient assumés par les autorités de tutelle. Ces dernières ont erré et n’ont pas pris leurs responsabilités. La direction intérimaire est dans une situation extrêmement difficile. Comment nous résoudre à assister au déclin de l’UQAM ?

Le gouvernement du Québec doit sauvegarder, dans des conditions viables, une institution qui a contribué énormément au développement du Québec et dont le Québec a encore un grand besoin.