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Frais de scolarité : guerre de chiffres ou guerre d’idées ?

[ samedi 24 février 2007]


Le vendredi 23 février 2007 Publiée dans La Presse et Le Soleil

Frais de scolarité : guerre de chiffres ou guerre d’idées ?

Geneviève Gariépy Étudiante à la majeure en sociologie et mineure en études féministes Université du Québec à Montréal (UQAM) Étienne Simard Étudiant à la maîtrise en développement régional Université du Québec en Outaouais (UQO)

Le débat entourant les frais de scolarité fait couler beaucoup d’encre en cette période électorale. Avec les engagements du Parti libéral en matière de dégel, le sous-financement chronique des universités, la sortie des recteurs et rectrices pour le dégel et les prises de positions de groupes de pressions et d’intérêts, les frais de scolarité ont rapidement pris l’avant-scène des débats. Qu’on soit en faveur du dégel, de l’indexation ou du gel, on se livre à une guerre de chiffres pour justifier le réalisme de sa position. Pourtant, il est questionnable de ne pas mettre de l’avant les idées avant les chiffres.

Un choix politique

Lorsque qu’il est question de frais de scolarité, il est nécessairement question de choix politique. Un choix politique doit aller au-delà du simple calcul comptable. Les leviers politiques et économiques dont nous disposons collectivement doivent être au service de nos choix de société et non les dicter. Le « réalisme politique » auquel font appel les différents camps ne sert qu’à légitimer un discours idéologique centré sur un calcul économique et un excès de populisme. L’opposition au discours dominant doit-elle nécessairement se perdre dans la guerre des chiffres ?

Pour amener une réelle substance au débat, il importe de ne pas tomber dans le piège de la revendication unique et chiffrée. Du côté du mouvement étudiant, on sait que la très grande majorité de ses composantes refuse toute hausse des frais de scolarité. Ce positionnement politique doit dépasser la simple défense d’intérêts corporatistes institutionnalisés dans ses organisations. Il faut mettre de l’avant la définition du modèle que ces positionnements privilégient en matière d’éducation et, pour le cas présent, en matière d’accessibilité aux études. Bien que le pragmatisme nous enseigne de formuler des revendications claires, ces dernières ne tiennent à rien si elles ne font pas partie d’un projet plus large de l’éducation.

Que de chiffres...

On retrouve actuellement dans le mouvement étudiant québécois une illustration claire de ce phénomène. Du côté de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), on reste dans le jeu des chiffres. La revendication du gel ne remet aucunement en question le discours idéologique dominant. Au contraire, elle ne fait que s’appuyer sur lui en lui exposant les avantages financiers pour le Québec actuel et de demain dans un contexte de prédominance de l’économie du savoir dans les sociétés occidentales. On s’appuie même sur la nécessité d’un système d’éducation accessible pour compétitionner avec les autres puissances économiques mondiales, tout en tentant de justifier en quoi le statu quo est préférable selon elle. Il n’y a donc aucune remise en question idéologique ni aucune forme de projet de société qui sont mises de l’avant. La Fédération n’appelle pas à la grève générale, mais à une mobilisation ayant pour base le gel, centrée sur la campagne électorale.

...sans oublier les idées

De son côté, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) transgresse largement les frontières de la revendication unique en matière d’accessibilité financière aux études. Elle se positionne idéologiquement en faveur de l’accès universel aux études postsecondaires et elle met donc de l’avant un projet : l’éducation comme droit et non comme une marchandise ou un privilège discriminatoire. Chaque personne au Québec, peu importe sa situation socioéconomique, doit avoir le choix de poursuivre des études supérieures et doit avoir accès aux savoirs collectifs. L’éducation gratuite à tous les niveaux permet à la population québécoise de faire le choix d’offrir les mêmes chances pour tous et toutes, et ce sans discrimination. Son opposition à la hausse des frais est donc ancrée dans une vision beaucoup plus large, dans une alternative au discours dominant. Elle propose déjà la grève générale illimitée pour contrer le dégel des frais de scolarité, une grève qui sera idéologique.

Pour un projet collectif

Dans le cas de la FEUQ, il est difficile de se rendre très loin dans l’escalade des moyens de pression. Les étudiantes et les étudiants ne sortiront pas dans les rues pour une hausse de 2$ par semaine. Elles et ils sortiront pour défendre un projet collectif, comme celui que propose l’ASSÉ. Il serait donc fortement bénéfique pour la société québécoise si l’ensemble des composantes du mouvement étudiant s’attelait à bâtir, à approfondir et à promouvoir un projet social alternatif, donnant un sens réel à leur revendication. Vouloir contrer le discours dominant en tentant d’utiliser les mêmes armes que lui et sans remettre en question son fondement idéologique revient à être condamné à une lutte sans fin pour le statu quo. Le positionnement idéologique est une démarche nécessaire, tant pour faire des gains que pour faire progresser la société.


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