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Plan de redressement

L’UQAM entre le marteau et l’enclume

Paru ce dimanche dans La Presse

[ mardi 4 septembre 2007]


Nouvelles générales, dimanche, 2 septembre 2007, p. A6

Plan de redressement L’UQAM entre le marteau et l’enclume

Handfield, Catherine

"La seule façon de s’en sortir c’est difficilement." Spécialiste du financement universitaire à TELUQ, Michel Umbriaco n’est guère optimiste pour l’UQAM. Et il n’est pas le seul.

Le ministère de l’Éducation a annoncé vendredi qu’il prendra en charge l’îlot Voyageur. Il en supportera le poids financier et trouvera lui-même un promoteur immobilier pour reprendre le dossier. À condition, toutefois, que l’Université rétablisse son équilibre budgétaire dans les plus brefs délais.

La ministre Michelle Courchesne a réitéré cette condition, hier. "J’ai mis les points sur les i et je m’attends à ce que l’UQAM prenne ses responsabilités", a-t-elle dit. Elle a souligné que la collaboration avait été ardue avec l’Université au cours des neuf derniers mois.

L’institution doit donc présenter un autre plan de redressement pour enrayer son déficit accumulé de 303 millions. L’UQAM en avait pourtant préparé un en juin, dans lequel elle réduisait le déficit de moitié en cinq ans. Le Ministère a jugé ces mesures insuffisantes. "Un soupçon de plan", selon Mme Courchesne.

Or, le plan en question a aussi déplu à la communauté universitaire, mais pour des raisons inverses : les associations étudiantes ont vivement déploré la hausse des frais afférents de 80$ par semestre. Les syndicats de professeurs, des chargés de cours et du personnel de soutien s’en sont plaints tour à tour.

Hier, les étudiants étaient sur le pied de guerre. "Le premier plan de redressement allait déjà beaucoup trop loin", estime le président de l’Association étudiante du secteur des sciences, Patrick Véronneau.

L’UQAM se trouve donc entre le marteau et l’enclume, selon Simon Tremblay-Pepin, étudiant membre du conseil d’administration. "D’un côté, il y a le risque de grève si l’UQAM tente de plaire au Ministère, dit-il. De l’autre côté, le gouvernement pourrait mettre l’UQAM en tutelle si elle ne présente pas un plan satisfaisant."

La direction de l’UQAM n’a pas donné suite à nos appels, hier. Mais selon Michel Umbriaco, l’Université est sous très forte pression. "Il va falloir trouver un moyen de payer parce que, si l’UQAM ne présente pas de plan, la porte est grande ouverte pour une tutelle", croit le professeur.

Aucune université n’a été mise sous tutelle dans l’histoire du Québec. Cette mesure - qui signifie que le gouvernement nomme lui-même les dirigeants de l’institution - créerait des "problèmes importants avec les étudiants, les professeurs et le conseil d’administration", croit M. Umbriaco.

Michelle Courchesne ne se formalise pas de ce dilemme. "Gérer des institutions n’est jamais facile. Il y a des enjeux, des contraintes et des réalités. Quand on accepte de diriger une institution comme l’UQAM, on accepte tous ses paramètres."

Contrôle du ministère

Par ailleurs, le fait que le Ministère supporte le fardeau financier de l’îlot Voyageur confère au gouvernement un certain pouvoir, selon M. Umbriaco. "C’est lui qui va décider comment construire et à qui louer", lance-t-il. La ministre Courchesne refuse de donner davantage de détails à ce sujet mais souligne : "C’est quand même un site qui est bien situé et qui a une valeur."

Ce pouvoir inquiète Patrick Véronneau. Il craint que la mission universitaire du futur pavillon y perde au change. "Qu’est-ce qu’il va y avoir dans l’îlot ? Un stationnement et des autobus ?"