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Dossier UQÀM et gouffre financier

L’UQAM est menacée de faillite dès juillet

Paru lundi le 28 mai dans Le Devoir

[ mardi 29 mai 2007]


Le Devoir LES ACTUALITÉS, lundi 28 mai 2007, p. a2

L’UQAM est menacée de faillite dès juillet

La direction appelle Québec à la rescousse pour renflouer son budget de fonctionnement et éponger une part des coûts de son aventure immobilière

Lévesque, Kathleen ; Cauchy, Clairandrée Le Devoir

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) se retrouvera en faillite technique à compter de juillet si le gouvernement ne lui verse pas une somme de 100 millions de dollars.

En entrevue au Devoir, Jacques Girard, vice-président du conseil d’administration, a admis que l’université était à quelques semaines du précipice. « Je n’aime pas évoquer la possibilité d’une faillite technique, mais sinon [sans le financement gouvernemental], on va être dans une situation difficile. Je ne peux pas m’imaginer que l’on se rende jusque-là », a affirmé M. Girard.

Plongée dans une crise financière et immobilière hors du commun, l’UQAM fait face à un tel manque de liquidités qu’elle ne pourra bientôt plus assumer ses fonctions essentielles. Au cours des derniers jours, la vice-rectrice aux affaires administratives et financières, Monique Goyette, a prévenu l’ensemble de la communauté universitaire que la situation s’aggravait rapidement et que l’UQAM ferait face à un mur vers la mi-juillet.

Jacques Girard a renchéri sur l’urgence de la situation. « Il ne faut pas que l’UQAM explose. Il ne faut pas que l’UQAM ne puisse pas offrir les services aux étudiants cet été et cet automne », a-t-il plaidé.

Le problème a également des répercussions sur le paiement des honoraires des professionnels qui travaillent au chantier de l’îlot Voyageur, a appris Le Devoir. Les factures ne sont plus payées dans les 30 jours. L’UQAM a prévenu qu’elle étalait dorénavant ses paiements sur quatre ou même six mois.

Pour Jacques Girard, il s’agit de « mesures de prudence [...] tout à fait raisonnables ». « J’ai su qu’il y avait des retards et on m’a assuré qu’il y avait eu des mesures de prises pour payer », a-t-il précisé.

L’effort de guerre

Trois ans de déficit de fonctionnement et la perte de contrôle des projets immobiliers (Complexe des sciences et îlot Voyageur) ont eu raison de l’état de santé de l’UQAM. Mais l’adoption jeudi dernier d’un budget provisoire avec des compressions de 6 millions, une augmentation des frais afférents aux étudiants de 5 millions et malgré tout un déficit de 30 millions pour l’année 2007-2008 constitue l’effort de guerre de l’UQAM, estime-t-on à l’université. Et l’on fait valoir que c’est maintenant à Québec de donner un peu d’oxygène à l’UQAM.

Concrètement, la somme de 100 millions que l’UQAM cible afin d’éviter la faillite technique correspond entre autres choses aux subventions retenues par le ministère de l’Éducation. En effet, lorsqu’une université enregistre un déficit, ses états financiers ne peuvent être adoptés tant et aussi longtemps qu’un plan de redressement n’est pas accepté par Québec.

Dans le cas de l’UQAM, la subvention conditionnelle de 28,7 millions a été retenue pour les années 2005-2006 et 2006-2007 pour un total de 57,4 millions. S’ajoutent à ce montant des variations d’effectifs entre 2004 et 2007 (une augmentation du nombre d’étudiants) qui représenteraient 27 millions, selon les calculs de l’UQAM. Finalement, un compte à recevoir du ministère de l’Éducation de 6,4 millions et un réinvestissement gouvernemental attendu de 6 millions complètent le tableau.

Marge de crédit

Au total, l’UQAM évalue à 96,6 millions les fonds que le ministère de l’Éducation retient. Comme ces sommes étaient prévues dans les budgets de fonctionnement des années antérieures, elles engorgent aujourd’hui la marge de crédit. L’UQAM doit d’ailleurs payer 3,2 millions par année en intérêt pour les financer.

Or, la marge de crédit de 275 millions est aujourd’hui utilisée presque entièrement. Au fil de la construction du Complexe des sciences et de l’îlot Voyageur, ces trois dernières années, cette marge a été augmentée de façon substantielle. Elle est passée de 90 millions à 175 millions, puis à 275 millions. Le réseau de l’Université du Québec vient d’ailleurs tout juste de refuser une nouvelle hausse de 75 millions demandée par l’UQAM.

Pour arriver à payer ses factures courantes et ses employés, l’UQAM n’a plus qu’une seule voie de sortie : que Québec lui verse les 100 millions retenus en raison de sa mauvaise situation financière. Cela lui permettrait donc de rembourser sa marge de crédit et d’avoir à nouveau des liquidités à sa disposition.

Cette importante somme représente 28 % du budget de fonctionnement de l’université. « Il faut maintenant que l’UQAM puisse fonctionner. Il faut lui donner l’argent qui lui permet de respirer », a fait valoir Jacques Girard.

Mais la semaine dernière, au ministère des Finances, on soulignait que l’UQAM avait encore de nombreux devoirs à faire et même des « sacrifices ». On rappelait d’ailleurs que l’intervention du ministère lors de l’émission des 269 millions d’obligations avait permis à l’époque de sauver en quelque sorte l’UQAM de la faillite.

Contre une tutelle

Malgré l’ampleur du gouffre financier dans lequel est plongée l’UQAM, l’imposition d’une tutelle n’est pas la solution, croit M. Girard. « Je ne pense pas que la mise en tutelle soit nécessaire ou soit même utile. Je pense qu’on prend tous les moyens pour faire ce que nous devons faire », a-t-il soutenu.

M. Girard rappelle que, depuis l’automne, l’UQAM a pris des mesures pour faire toute la lumière sur les problèmes immobiliers (le rapport KPMG sur le Complexe des sciences rendu public vendredi dernier en est un exemple). Des décisions ont également été prises afin de revoir les règles de gouvernance pour assurer une reddition de comptes fiables et une vérification indépendante.

Et si l’UQAM appelle Québec à la rescousse, ce n’est pas seulement pour renflouer son budget de fonctionnement. On souhaite également que le gouvernement éponge une part des coûts de l’aventure immobilière uqamienne. « Je ne vois pas comment on pourrait y arriver autrement », a souligné Jacques Girard.

Le Complexe des sciences a creusé un trou de 100 millions auquel s’ajoute celui de l’îlot Voyageur qui pourrait atteindre quelque 200 millions.

Dans l’immédiat, l’UQAM travaille sur un plan de redressement attendu par la ministre de l’Éducation au plus tard le 15 juin. Ce plan devra s’échelonner sur plusieurs années. L’UQAM ne peut préciser pour l’instant s’il s’étalera sur trois ans, cinq ans ou davantage. Ce sera le troisième plan élaboré par la direction de l’UQAM, les deux précédents ayant été jugés insuffisants par Québec.