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Dossier UQÀM et gouffre financier

L’UQAM souhaite augmenter sa marge de crédit de 75 millions

Paru aujourd’hui dans Le Devoir

[ jeudi 3 mai 2007]


L’UQAM souhaite augmenter sa marge de crédit de 75 millions

Clairandrée Cauchy , Kathleen Lévesque

Édition du jeudi 03 mai 2007

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) souhaite obtenir une augmentation de 75 millions de dollars de sa marge de crédit afin de faire face à ses obligations immobilières ainsi que ses activités courantes, c’est-à-dire l’enseignement et la recherche, a appris Le Devoir.

Devant les membres du conseil d’administration réunis hier soir pendant plus de quatre heures et demie lors d’une séance extraordinaire, l’équipe de direction de l’UQAM a présenté un portrait des effets de son aventure immobilière sur le budget de fonctionnement de l’institution. Si rien n’est fait rapidement, l’UQAM prévoit être confrontée à un déficit accumulé d’au moins 86 millions à la fin de 2008.

À cette somme, il faut ajouter le marasme financier que sont devenus le Complexe des sciences et l’îlot Voyageur. Comme l’a révélé Le Devoir plus tôt cette semaine, l’îlot Voyageur crée à lui seul une impasse de quelque 200 millions de dollars qui s’ajoute au trou de 100 millions de dollars lié à la construction du Complexe des sciences. Résultat : l’UQAM est au bord d’un gouffre financier qui pourrait atteindre 300 millions et qui pressure son budget de fonctionnement. Le conseil d’administration a également été informé que la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, qui a convoqué mardi à Québec la rectrice par intérim, Danielle Laberge et le président du conseil d’administration, Alain Lallier, exige un plan de redressement au plus tard le 15 juin. Ce plan devra concerner tant le budget de fonctionnement que le problème aïgu des immobilisations. Jusqu’à maintenant, l’UQAM a proposé deux scénarios de contrôle des dépenses ainsi que des mesures pour augmenter des revenus, l’un à la mi-février et l’autre il y a deux semaines. Ceux-ci ont été rejetés par le réseau de l’Université du Québec (UQ) et le ministère de l’Éducation.

Il semble que l’UQ soit appelée à jouer un rôle de premier plan pour remettre l’UQAM à flot. Hier soir, le président du réseau, Pierre Moreau, a participé à une grande portion de la réunion. L’UQAM prévoit commenter la situation aujourd’hui. À la sortie de la réunion, des membres semblaient soulagés à l’idée que l’UQAM réagirait enfin aujourd’hui publiquement, après une semaine de mutisme. « La crédibilité de l’UQAM a été entachée ces derniers temps. L’administration a réagi un peu tard. La situation aurait pu être mieux comprise, si on avait été sur la place publique bien avant », a déploré le représentant des étudiants au conseil d’administration de l’Université, Patrick Véronneau. Ce dernier craint maintenant qu’une partie de la facture salée des projets immobiliers de l’UQAM ne soit refilée aux étudiants. De fait, devant l’urgence de réagir à sa situation financière dramatique, l’UQAM envisage d’augmenter les frais afférents des étudiants et d’exiger « un effort » du corps professoral, selon les informations obtenues par Le Devoir.

Ces mesures font partie d’un plan plus vaste visant à endiguer les débordements que les projets immobiliers du Complexe des sciences et de l’îlot Voyageur ont provoqués. Les concessions qui seraient exigées des professeurs surviennent au moment même où doivent s’enclencher les pourparlers avec le Syndicat des professeurs de l’UQAM (SPUQ) pour le renouvellement de la convention collective. La semaine dernière, le SPUQ a tenu son assemblée générale afin d’adopter les demandes qu’il entend déposer à la table des négociations.

Pour ce qui est des frais afférents, l’équipe de direction a déjà réfléchi à leur hausse correspondant à 80 $ par session ce qui générerait des revenus supplémentaires de quelque 5 millions de dollars par année. Les frais afférents couvrent une large gamme de services aux étudiants : inscription, activités sportives et orientation, par exemple. Outre ces deux éléments d’un éventuel plan de redressement, l’UQAM s’est déjà engagée à vendre cinq des six immeubles acquis au cours des dernières années. Les coûts d’exploitation et de rénovation à des fins d’enseignement sont maintenant jugés trop élevés. Mardi, l’UQAM a rencontré le critique de l’opposition officielle, le député adéquiste François Desrochers. La ministre doit donner une conférence de presse aujourd’hui ou demain afin de faire le point sur ce dossier dont elle a décidé de se mêler.

Quant au député Desrochers, il n’a pas caché que l’UQAM « se retrouve dans la situation hasardeuse » telle que décrite par Le Devoir. « Les chiffres se recoupent. C’est du même ordre : minimum 100 millions, maximum 300 millions. Rien n’est précis. Cela va dépendre des ententes que l’UQAM va réussir à aller chercher. Ça va dépendre du financement : hausse des frais de scolarité, frais afférents », a-t-il expliqué.

M. Desrochers a tenté de comprendre comment a pu se produire un dérapage d’une telle ampleur malgré les balises en place (équipe de gestion, conseil d’administration et vérification interne, par exemple). « C’était assez nébuleux », a-t-il commenté en regard des réponses obtenues du secrétaire général de l’UQAM, Pierre Parent. M. Desrochers a toutefois retenu de ce vis-à-vis qu’on craint que l’ADQ ne « laisse tomber » l’UQAM, « le vaisseau amiral du réseau ». « Ils voulaient s’assurer que nous sommes également branchés sur leur version », a précisé le député de Mirabel. Celui-ci a confirmé que la direction de l’université examine « toutes les avenues possibles » pour résoudre les problèmes, y compris une hausse des frais afférents et un effort de la part des professeurs. « C’est dans les cartons, effectivement », a souligné M. Desrochers. Le député de l’ADQ ne dit toutefois rien des exigences de l’opposition officielle envers le gouvernement dans ce dossier. « Il est trop tôt pour en parler, on a encore des gens à rencontrer », a-t-il dit. Par contre, M. Desrochers a promis d’aborder le dossier à l’Assemblée nationale, dont les travaux débutent mardi.

Joint hier matin, avant que Le Devoir n’apprenne les attentes de l’UQAM de la part des étudiants et des professeurs, le président du SPUQ, Gaétan Breton, disait s’attendre au « pire ». Selon lui, le pire signifierait non seulement des mesures qui toucheraient professeurs et étudiants — « tous ceux des milieux populaires francophones pour qui l’UQAM a été créée » — mais surtout des compressions dans les programmes d’enseignement. M. Breton craint qu’une des voies envisagées consiste à transformer l’UQAM en université de premier cycle, laissant la recherche entre les mains des « écoles nobles ».

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