Dossier UQÀM et gouffre financier

L’âme de l’UQAM

Paru aujourd’hui dans Le Devoir

[ lundi 18 juin 2007]


Le Devoir IDÉES, lundi 18 juin 2007, p. a7

L’âme de l’UQAM

Danielle Laberge

Dans un texte paru dans l’édition du samedi 16 juin du Devoir, l’éditorialiste Marie-Andrée Chouinard estime que si les mesures contenues dans le plan de redressement, déposé le 15 juin dernier auprès de la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Mme Michelle Courchesne, étaient appliquées, le résultat serait que l’UQAM y perdrait son âme. C’est un raccourci qui ne correspond pas à la réalité et c’est une conclusion à laquelle nous ne souscrivons pas.

C’est précisément le but du plan de redressement de sauver l’âme de l’UQAM. C’est le défi que nous devons relever, et cela ne peut se faire que dans la rigueur et la sérénité et non pas sur la foi de rumeurs sans fondements.

Le Devoir a bénéficié d’une fuite de documents dont l’auteur est malheureusement inconnu de la direction de l’Université et dont le respect de l’éthique n’est manifestement pas la qualité dominante. Le document remis à la ministre n’est probablement pas le même que celui à partir duquel Le Devoir échafaude des scénarios catastrophes.

Ce n’est pas la première fois que Le Devoir profite de ce procédé qui est le contraire de la transparence. Ce n’est pas la première fois que Le Devoir exploite dans ses pages des informations qui ne sont pas validées par les personnes autorisées, contribuant ainsi à créer un climat de panique et de suspicion dans la communauté universitaire et dans la population en général. Cela est profondément regrettable.

Toutes les universités sont aux prises avec des déficits et, dans plusieurs cas, les déficits cumulés sont plus importants que celui de l’UQAM. Toutes les universités devront un jour ou l’autre faire des choix budgétaires difficiles, mais inévitables, pour leur permettre de sortir de la spirale de ces déficits. En ce qui a trait à l’état de santé financière de l’UQAM, il est vrai que des décisions inappropriées en matière d’investissements immobiliers, et sur lesquels des enquêtes sont encore en cours, ont aggravé le mal. Mais il faut dire que le patient était grandement affaibli par un sous-financement aussi chronique qu’historique. C’est un état de fait indéniable dont nous faisons la démonstration claire dans le plan de redressement. Nous avons bon espoir que, connaissant le diagnostic, le gouvernement du Québec s’engagera à rétablir un financement équitable pour notre Université.

Précisons tout de suite que le plan de redressement demandé par la ministre de l’Éducation contient plusieurs mesures, qui toutes, ont été proposées avec le souci premier de préserver la mission de l’Université et la qualité de la formation, de la recherche et de la création. Placés devant la responsabilité de faire des choix cruciaux et parfois déchirants, la direction actuelle de l’UQAM et son Conseil d’administration ne peuvent se dérober. Toutefois, un très grand nombre de propositions du plan de redressement représentent des hypothèses qui doivent encore faire l’objet de discussions avec la ministre de l’Éducation et l’Assemblée des gouverneurs de l’Université du Québec.

Ces hypothèses et d’autres seront au coeur de négociations que nous entendons tenir avec tous les groupes de personnel. Il est certain qu’aucune organisation, fût-elle privée ou publique, ne peut sortir d’une telle impasse financière, assurer son avenir et son développement, sans aucune concession. On ne peut tout simplement pas faire comme si l’impasse n’existait pas.

Nous rendrons le plan de redressement public et nous le mettrons en application lorsque nous aurons des ententes avec tous nos partenaires. Dans les cas où il n’y aurait pas entente, nous devrons assumer nos responsabilités. En attendant, nous jugeons qu’il est inutile de sonner les alarmes ou d’alimenter les craintes.

Nous rejetons donc toutes les conjectures et déplorons que Le Devoir persiste à insinuer que l’ajustement des frais afférents que devront débourser les étudiants pour obtenir des services (informatique, etc.) est lié à la crise financière actuelle. Faut-il encore une fois rappeler que les frais afférents n’ont pas été augmentés depuis 1994 à l’UQAM ? Pourtant, les coûts en personnel ou en équipement associés aux services offerts aux étudiants en échange de ces frais n’ont cessé de grimper. Faut-il encore une fois souligner qu’après cet ajustement plus que raisonnable, les étudiants de l’UQAM seront ceux qui paieront encore les frais afférents les plus bas au Québec ?

Nous sommes persuadés que tous ceux qui composent la communauté universitaire de l’UQAM vont se serrer les coudes pour que la crise que nous traversons ne se règle pas en sacrifiant l’âme de l’UQAM, comme le prétend l’éditorialiste du Devoir. Oui, l’UQAM a une âme. Mais cette âme habite un corps qu’il faut soigner, nourrir et entretenir. Et comme chacun sait, cela ne se fait pas avec des prières. Alors, évitons de sonner le tocsin.

Danielle Laberge : Rectrice par intérim, Université du Québec à Montréal