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Dossier UQÀM et gouffre financier

L’îlot Voyageur laissé à l’abandon

Par ce jeudi dans La Presse

[ vendredi 15 juin 2007]


Le jeudi 14 juin 2007

L’îlot Voyageur laissé à l’abandon

Ariane Lacoursière

La Presse

*Après les vacances de la construction, les entrepreneurs du chantier de l’îlot Voyageur ne retourneront pas au travail. À moitié terminé, l’édifice principal de l’immense projet immobilier de l’UQAM sera laissé à l’abandon en plein cœur du centre-ville.*

« On a déjà commencé à poser des planches de bois pour fermer les étages du haut. Il faut les condamner parce qu’on ne va pas les terminer. On nous a demandé de fermer le chantier pour une durée indéterminée », confirme Marc, un poseur de gypse de la compagnie ITR Acoustique.

Le projet de l’îlot Voyageur, évalué à 380 millions de dollars, devait comprendre un stationnement souterrain, des résidences universitaire, une tour de bureaux, des locaux de classes, une bibliothèque et un nouveau terminus d’autobus.

Le stationnement et les deux premiers étages de l’édifice, où sera logé le terminus d’autobus, seront terminés avant les vacances promettent les entrepreneurs. Mais les autres étages, qui ont actuellement l’apparence de simples murs de béton sans finition et sans fenêtres, ne seront pas achevés. « On va revenir juste quand l’UQAM va avoir l’argent pour nous payer », affirme Marcel, un entrepreneur en sciage de béton.

Prise à la gorge par des problèmes financiers majeurs, l’UQAM est incapable de payer ses factures en 30 jours. Elle prend plutôt de quatre à six mois avant de le faire. Ces retards de paiement inquiètent les entrepreneurs, qui préfèrent quitter le chantier.

Au cours des derniers mois, les nombreux problèmes financiers liés aux projets immobiliers de l’UQAM ont été mis au jour. On a entre autres appris qu’un mauvais calcul de la rentabilité de l’îlot Voyageur a entraîné un trou de 200 millions dans le budget de l’université.

À cela s’ajoute un autre trou de 100 millions de dollars, engendré par la construction du Complexe des sciences Pierre-Dansereau.

L’UQAM tente tant bien que mal de diminuer ce manque à gagner de 300 millions. Des vérificateurs ont été engagés pour faire la lumière sur la catastrophe. Le gouvernement a aussi demandé à l’Université de se doter d’un plan de redressement d’ici le 15 juin. Mais en attendant, la situation financière de l’Université se détériore. Au mois de juillet, l’UQAM prévoit que 98,2>% de sa marge de crédit de 275 millions sera utilisée.

Même si elle reconnaît ses problèmes financiers, l’UQAM a été étonnée d’apprendre que le chantier de l’îlot Voyageur sera abandonné dans les prochaines semaines. « C’est la première nouvelle que j’en ai », a dit Francine Jacques, directrice des communications de l’Université.

Le promoteur du projet, Busac, n’a pas rappelé /La Presse/. Il est donc impossible de savoir si Busac a bel et bien donné un mot d’ordre aux entrepreneurs de quitter le chantier. La firme parle très peu aux médias ces temps-ci, a-t-on appris, car elle négocie sérieusement avec l’UQAM.

Pour alléger son fardeau financier, l’UQAM tente de modifier le contrat qui la lie à Busac.

L’Université voudrait notamment abandonner certains éléments trop coûteux du projet de l’îlot Voyageur, comme la tour à bureaux. Busac ne veut toutefois pas perdre ces revenus.

Rappelons que Lucien Bouchard a été embauché par l’UQAM en mai dernier pour conclure une entente. Les négociations sont toujours en cours.

S’il est difficile d’obtenir une confirmation de la part de Busac, la vingtaine d’employés du chantier rencontrés hier par /La Presse/ sont unanimes : la bâtisse de l’îlot Voyageur sera laissée à l’abandon pour une durée indéterminée.

« Peut-être que l’UQAM va la vendre et que le nouveau propriétaire va finir les travaux. En tous cas, j’espère que quelque chose sera fait, parce que sinon, les gens du coin vont avoir une bâtisse à moitié finie dans la face pendant longtemps » a lancé Gilles, un peintre du chantier.

De tous les travailleurs interrogés, seul l’entrepreneur général Pomerleau inc. a refusé de confirmer s’il cessera ou non la construction. « Pour l’instant, on continue les travaux », s’est contenté de dire la responsable des communications, Marie-Claude Dubeau. Mais qu’arrivera-t-il après les vacances de la construction ? « Comme je vous le dit. Pour l’instant, on continue les travaux », a-t-elle répété.