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Dossier UQÀM et gouffre financier

La ministre de l’Éducation lance une mise en garde aux universités - Gare aux idées de grandeur, dit Courchesne

Paru ce week-end dans Le Devoir

[ lundi 7 mai 2007]


La ministre de l’Éducation lance une mise en garde aux universités - Gare aux idées de grandeur, dit Courchesne

Kathleen Lévesque

Édition du samedi 05 et du dimanche 06 mai 2007

Toutes les universités du Québec, sans exception, ont intérêt à se concentrer sur leurs missions fondamentales d’enseignement et de recherche plutôt que de s’improviser promoteurs immobiliers, prévient la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne.

Au terme d’une semaine au cours de laquelle la crise financière et immobilière à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) est apparue dans tout son gigantisme, la ministre Courchesne souhaite remettre les pendules à l’heure. « Est-ce que c’est le rôle d’une université de devenir promoteur immobilier ou de gérer des stationnements ? », a-t-elle lancé en entrevue au Devoir. Le ton de Mme Courchesne ne laisse aucun doute : pour elle, « le mélange des genres » n’est pas souhaitable.

« La vocation première d’une université, c’est l’enseignement, la recherche. Et c’est le moteur du savoir dans une ville, dans une région. Quand on finance une université, comme gouvernement, c’est pour cette raison-là. Il ne faut jamais perdre ça de vue », a rappelé la ministre de l’Éducation.

Si Mme Courchesne a tenu à préciser que ses propos ne sont pas un frein à tout développement que souhaiteraient entreprendre les universités, il n’en demeure pas moins que l’aventure uqamienne doit susciter une nouvelle prudence de leur part. Mme Courchesne est déterminée à ce que le gouffre de l’UQAM demeure un cas isolé. « C’est une situation qui ne doit plus jamais se reproduire », a-t-elle insisté.

Elle rencontrera le plus rapidement possible la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ) afin non seulement de « partager ses préoccupations » mais aussi de réfléchir au suivi à donner aux projets immobiliers. Déjà, l’automne dernier, le prédécesseur de Mme Courchesne, Jean-Marc Fournier, avait entrepris de serrer la vis aux universités. Un protocole d’entente avait été mis en avant afin de baliser les nouveaux chantiers. Du coup, le respect des budgets était devenu une condition pour une université qui souhaitait obtenir une subvention gouvernementale. La ministre Courchesne veut emprunter cette voie, sans toutefois donner plus de précisions.

Comme elle l’avait fait jeudi alors qu’elle annonçait qu’un mandat avait été confié au vérificateur général du Québec pour analyser le pourquoi, le comment et le combien de la dérive de l’UQAM, Mme Courchesne a rappelé la responsabilité des administrateurs et des directions d’université. Tous doivent s’assurer d’avoir les renseignements et de poser les questions nécessaires, a-t-elle souligné. « Avec l’argent des autres, c’est toujours facile d’avoir des idées de grandeur », a-t-elle laissé tomber.

Elle a ensuite ajouté que les étudiants sont « en droit d’avoir des services de qualité et de ne pas à se retrouver dans une situation où le budget est affecté parce qu’il y a des décisions d’envergure qui ont été menées incorrectement ».

Pour l’UQAM, les projets immobiliers de l’îlot Voyageur et du Complexe des sciences représentent une impasse se situant entre 200 et 300 millions de dollars, comme l’a révélé Le Devoir en début de semaine. Malgré la tenue d’une conférence de presse de l’UQAM jeudi pour fait l’état de la situation, le portrait ne peut pas être plus précis, a expliqué le président du réseau de l’Université du Québec (UQ), Pierre Moreau.

« L’état de la situation bouge encore. La plupart des chiffres sont liés à des projections. Et là, on entre dans le monde des firmes comptables. On va devoir attendre au 15 juin pour avoir des chiffres précis », estime M. Moreau.

Le 15 juin est la date butoir pour l’UQAM afin qu’elle présente un plan de redressement acceptable. Cet exercice se fera sous la surveillance étroite de l’UQ, qui a nommé un conseiller spécial pour l’occasion. M. Moreau a rejeté le mot « tutelle », préférant parler de collaboration. Mais il a souligné que cette « expertise additionnelle » est nécessaire. « C’est assez inusité comme geste, mais ce n’est pas la première fois que cela se produit », a-t-il reconnu avant d’ajouter qu’il est confiant de voir l’UQAM sortir de cette crise.

L’UQ n’est toutefois pas impliquée dans les négociations entre l’UQAM et la firme privée Busac, le promoteur de l’îlot Voyageur. L’UQAM tente de détricoter les liens contractuels qu’elle a avec Busac afin de réduire le projet et ainsi freiner l’engloutissement de fonds dans ce projet. L’UQAM souhaite que la tour de bureaux ne soit pas construite.

« C’est déjà compliqué pour l’UQAM de négocier avec Busac, je pense qu’ils n’ont pas besoin d’un gérant d’estrade. On les laisse travailler. D’ailleurs, nous n’avons pas la totalité du contrat », a affirmé M. Moreau.

Les déboires immobiliers de l’UQAM créent une pression sur son budget de fonctionnement. Les déficits s’accumulent.

Le Devoir