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Dossier UQÀM et gouffre financier

Le plan de redressement de l’UQAM est adopté

Paru aujourd’hui dans Le Devoir

[ jeudi 14 juin 2007]


Le plan de redressement de l’UQAM est adopté

Le Devoir

Clairandrée Cauchy Édition du jeudi 14 juin 2007

La balle est dans le camp de Québec

La balle est maintenant dans le camp de Québec pour l’approbation du plan de redressement de l’Université du Québec à Montréal. Le conseil d’administration a voté hier des mesures de redressement qui totalisent des économies de 129 millions de dollars sur cinq ans, dont Le Devoir faisait état hier.

Le plan permettrait de réduire de moitié le déficit anticipé en 2012, le ramenant à 156 millions. Le document a été adopté à la majorité par les membres du conseil d’administration. Seul le représentant des étudiants, Patrick Véronneau, s’y est opposé. Ce dernier s’est d’ailleurs présenté à la réunion, hier soir, déguisé en dindon, pour montrer que les étudiants sont « les dindons de la farce ». Deux autres membres se sont abstenus : le secrétaire général de la FTQ, René Roy, ainsi qu’une représentante des professeurs, Lucie Robert. Le plan de redressement prévoit notamment une « réingénierie » des cours en vue d’un « délestage ». Selon les informations obtenues par Le Devoir, on évaluera également la viabilité de certains programmes, notamment en arts, en mode et en langues ainsi qu’en formation continue. Le plan prévoit également des hausses de frais afférents et des compressions dans différents services.

Ce sera maintenant au tour de la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, et de l’assemblée des chefs d’établissements membres du réseau de l’Université du Québec de se prononcer sur le plan proposé par l’UQAM. Son approbation par Québec pourrait permettre le versement de sommes de près de 100 millions à l’Université. La révision de l’offre de formation inquiète les étudiants. « L’UQAM est déjà affamée et, en plus, il va falloir couper dans le menu. C’est un non-sens de couper davantage alors qu’il n’y en a déjà pas assez », a déclaré le porte-parole de l’Association facultaire étudiante en lettres, langues et communications, Robert Bourdon.

La porte-parole de l’Association facultaire de sciences humaines, Geneviève Gariépy, abonde dans ce sens : « C’est l’idée première de l’université qui est menacée. » Elle craint que plusieurs petits programmes en sciences humaines ne soient affectés. « On écope partout, en tant que syndiqués parce qu’il y aura moins de travail, comme étudiants avec la hausse des frais et la qualité de la formation qui risque de se détériorer », a pour sa part déploré la présidente du Syndicat des employés étudiants, Joëlle Bolduc. L’automne promet d’être chaud sur le campus. Déjà, cinq des sept associations étudiantes facultaires ont convenu de proposer à leurs membres de faire la grève en octobre prochain pour dénoncer à la fois les augmentations de frais de scolarité décrétées par le gouvernement Charest et les hausses de frais afférents prévues dans le plan de redressement.

Les frais afférents devraient augmenter de 80 $ par semestre pour un étudiant à temps complet. Les étudiants à la maîtrise et au doctorat qui prennent plus de temps que le délai normal pour compléter leur formation devront quant à eux payer une pénalité de 300 $ par semestre plutôt que les 70 $ exigés à l’heure actuelle.

Syndicats inquiets

L’inquiétude est aussi vive du côté des syndiqués. La ministre de l’Éducation a tenté de se faire rassurante à l’assemblée nationale, promettant que les salaires ne seraient pas touchés. « J’ai dit aux employés, aux professeurs et aux employés de soutien, qu’ils n’avaient pas à payer de leurs conditions de travail », a déclaré la ministre Michelle Courchesne, qui a rencontré les représentants syndicaux plus tôt cette semaine.

Le plan de redressement adopté hier ne prévoit pas de réductions salariales à proprement parler. L’UQAM souhaite néanmoins conclure des ententes avec les différents syndicats afin de réaliser certaines économies, notamment dans l’organisation du travail. La présidente du Syndicat des employés de soutien (SEUQAM), Liette Garceau, n’est cependant pas très rassurée par les propos de la ministre. « Lorsqu’on ne remplace pas un collègue parti à la retraite, malade ou lorsqu’on coupe le personnel surnuméraire, je me retrouve en surcharge de travail. Mes conditions de travail sont affectées. C’est l’épuisement qui guette notre monde », a plaidé Mme Garceau.

La critique est aussi vive du côté des chargés de cours : « Cela me semble remettre en question la capacité de l’UQAM à assurer sa mission fondamentale », a déclaré le président du Syndicat des chargés de cours (SCCUQ), Guy Dufresne. Selon un document annexé au plan de redressement, l’UQAM fonctionne déjà avec des ressources limitées lorsqu’on la compare à ses consœurs québécoises. Le ratio professeur-étudiants y est de 28, comparativement à 21,5 pour la moyenne québécoise. Les dépenses salariales (toutes catégories d’emploi confondues) par étudiant sont déjà de 20 points inférieures à la moyenne.