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Dégel des droits de scolarité

Les droits de scolarité au Québec : un débat démocratique s’impose

Paru aujourd’hui dans Le Devoir

[ vendredi 27 avril 2007]


Opinion (Le Devoir)
Les droits de scolarité au Québec : un débat démocratique s’impose

Cécile Sabourin, Présidente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université

Édition du vendredi 27 avril 2007

Mots clés : droits de scolarité, Parti politique, Étudiant, Québec (province)

En 2004, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) recommandait au gouvernement de faire précéder toute modification de la politique des droits de scolarité d’un large débat public qui s’inscrive dans le cadre de l’objectif du maintien de l’accessibilité universelle.

Loin de s’orienter dans cette direction, la ministre de l’Éducation vient de confirmer le dégel des droits de scolarité, accentuant ainsi un affrontement avec les fédérations étudiantes québécoises et détruisant toute possibilité de débattre en profondeur et sereinement de cette question.

Dans le contexte du sous-financement des universités, la question des droits de scolarité est devenue le symbole de l’accessibilité des études supérieures. Cette accessibilité de même que le financement des universités sont des questions globales, fondamentales et surtout trop complexes pour qu’on les réduise à une simple décision relative au gel ou au dégel des droits de scolarité.

La FQPPU est d’avis que les Québécois doivent, en l’absence de toute urgence, se donner les conditions d’un débat permettant un approfondissement de l’enjeu dans son ensemble.

Outil de développement des sociétés

On reconnaît unanimement le rôle déterminant du savoir pour le développement global des sociétés. L’éducation prépare les personnes à contribuer le plus efficacement possible à l’avenir du Québec, et ce, par leurs activités dans toutes les sphères de leur vie. Depuis le plus jeune âge jusqu’à la fin de la vie, toute personne est susceptible, si elle en a les capacités et la volonté, de poursuivre sa scolarisation, d’aspirer à des études universitaires et d’attendre de la société québécoise qu’elle la soutienne dans ses choix. [...] La FQPPU réitère que l’accessibilité des études supérieures est un droit et qu’il revient d’abord aux gouvernements de le faire respecter.

Le Québec s’est donné un réseau universitaire dont il est très fier et qui lui a permis de prendre sa place parmi les nations développées et instruites. Cependant, les études ne manquent pas pour démontrer que le Québec n’obtient pas encore, pour sa population, des taux de réussite aux études supérieures lui permettant d’affirmer que le mandat est accompli. Selon les derniers indicateurs de la CREPUQ, sur 100 jeunes Québécois qui entrent dans le système scolaire, 29 termineront un baccalauréat, neuf obtiendront une maîtrise alors qu’une seule personne parviendra au doctorat. Tout au long de la poursuite des études se dressent des embûches qui incitent à l’abandon, entraînant pour le Québec des coûts au sujet desquels il serait bon de s’interroger. [...]

Les étudiants : une « faune » diversifiée

Les besoins de formation associés à la société du savoir (éducation de base, études avancées, réorientation professionnelle, recyclage, spécialisation) se manifestent à différents stades de la vie des personnes. Comment mieux saisir la problématique étudiante qu’en reconnaissant la diversité des statuts et des caractéristiques des étudiants aux divers cycles ?

Du point de vue de l’âge, les données sont claires : plus on est jeune, plus on a tendance à étudier à temps complet. Toutefois, en 2005, 19 % des inscrits au baccalauréat avaient plus de 24 ans, un âge où, « normalement », on a terminé le premier cycle. Pour la même année, près des deux tiers des inscrits au deuxième cycle à temps partiel dépassaient la trentaine. Le pourcentage était de 28 % pour les étudiants à temps complet. Ces quelques données révèlent que les projets d’études se conjuguent probablement avec des activités professionnelles et des responsabilités familiales.

Peut-on présumer que les étudiants à temps complet et à temps partiel, quelle que soit leur provenance géographique et socioéconomique, reçoivent un soutien adéquat pour leurs études, qu’ils ont un accès similaire aux régimes de prêts et bourses et que ce dernier est équitable ?

Les coûts et l’endettement associés aux études universitaires

Si la pointe de l’iceberg que sont les droits de scolarité est un sujet abondamment traité sur lequel les opinions sont de plus en plus polarisées, bien d’autres frais sont requis de quiconque s’engage dans des études universitaires : frais afférents, qui ont connu des hausses substantielles, variables selon les universités et parfois selon les programmes, achat de volumes, documents, ordinateur s’ajoutant aux dépenses de logement, de subsistance et de transport.

L’évaluation des sommes nécessaires à la poursuite d’études universitaires a fait l’objet de nombreuses études, démontrant que le métier d’étudiant est coûteux et que tous les gens n’ont pas les moyens de le pratiquer, ce que la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) s’emploie à [documenter].

Selon une recherche de Statistique Canada, L’enquête auprès des titulaires d’un doctorat : profil des diplômés récents, la majorité (56 %) des diplômés ne contractent pas de dettes pour financer leurs études de doctorat. Peut-on expliquer autrement cette situation autrement qu’en supposant que des dettes d’études non remboursées empêchent la poursuite d’études doctorales pour plusieurs ?

Ces données partielles illustrent l’importance d’analyses plus fouillées ainsi que la pertinence de s’interroger sur les inégalités entre les conditions de vie des étudiants.

Le soutien disponible

En ce qui concerne les soutiens disponibles, quelques éléments d’information suscitent plus de questions qu’ils ne fournissent de réponses. Selon les plus récentes données de la CREPUQ, on note en 2003-04 une baisse significative du nombre de bénéficiaires du régime de prêts et bourses du gouvernement québécois par rapport à 1993-94, et ce, à tous les cycles d’études. Les étudiants se seraient-ils enrichis ?

Au cours de la même période, tout porte à croire que les bourses octroyées par les universités et par les fondations universitaires ou d’autres donateurs auraient augmenté. Un bilan est-il disponible ? Il n’existe pas non plus de portrait d’ensemble pour les bourses aux cycles supérieurs, les contrats de recherche et les stages rémunérés, même si on peut supposer que le domaine d’étude et l’objet de recherche créent des variations de taille.

L’avis de la FQPPU

Préoccupée de l’accessibilité des études tout autant que du financement adéquat des universités, la FQPPU souhaite apporter sa contribution à la recherche de solutions concrètes et durables. Cependant, loin de dresser un portrait de la situation, ce qu’elle n’est pas en mesure de faire, elle tente ici d’illustrer la complexité de la situation et incite à la prudence. La question des droits de scolarité ne peut surtout pas être examinée sans une analyse globale du sous-financement des universités et des mesures d’accès aux études supérieures.