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Dossier Îlot voyageur

Québec joue déjà les bailleurs de fonds

Paru dans La Presse, le 11 mai 2007

[ lundi 14 mai 2007]


La Presse Nouvelles générales, vendredi 11 mai 2007, p. A1

UQAM Îlot voyageur Québec joue déjà les bailleurs de fonds

Leduc, Louise

Le gouvernement du Québec a une autre excellente raison d’exiger un redressement de l’UQAM et de demander au Vérificateur général du Québec d’enquêter sur son marasme financier : il a été contraint d’acheter en totalité le bloc d’obligations de 269 millions émises pour financer le complexe immobilier de l’îlot Voyageur, a appris La Presse hier. D’emblée, le gouvernement du Québec a donc pris le risque à son compte.

" Oui, le gouvernement est le principal bailleur de fonds et l’UQAM aura à rembourser le ministère des Finances ", a dit hier en entrevue Monique Goyette, la nouvelle vice-rectrice à l’administration de l’UQAM nommée pour faire la lumière sur le dérapage financier qui pourrait atteindre les 200 millions.

Ainsi, si le projet immobilier de l’îlot Voyageur au centre-ville (qui devait comprendre un pavillon universitaire, un édifice de bureaux, un stationnement souterrain et intégrer la nouvelle gare d’autocars) s’est fait sans l’appui du ministère de l’Éducation, il a néanmoins été financé par le gouvernement du Québec. Les obligations de 269 millions émises pour la firme Busac inc., le partenaire d’affaires de l’UQAM, ont peut-être été officiellement garanties par l’Université, mais elles ont par ailleurs été achetées en totalité par Québec dès avril 2006.

En entrevue, Bernard Turgeon, sous-ministre associé au ministère des Finances, explique que " deux jours avant l’émission des obligations, on a observé une certaine perturbation dans le marché ". Pour éviter les coups, l’émission a donc été achetée en totalité par le gouvernement sitôt qu’elle a été faite.

Ce n’était d’aucune façon " une caution du projet de l’UQAM ", précise M. Turgeon. Pas plus que ce n’était parce que le gouvernement du Québec flairait la bonne affaire. La décision a été prise pour le bien du marché, " pour éviter une hausse des coûts d’emprunt futurs du gouvernement du Québec et de l’ensemble du secteur public du Québec ", poursuit-il.

Et selon M. Turgeon, ces obligations n’étaient pas de la pacotille (des " junk bonds " en jargon financier) : " Elles avaient une cote de A2 à l’émission ", souligne-t-il.

Et aujourd’hui ? " L’obligation a été décotée au cours des derniers mois. Comme la cote de crédit générale de l’UQAM, celle associée à l’obligation est maintenant de BAA3. "

Si le gouvernement du Québec a acheté toutes les obligations, est-ce en réalité parce qu’elles n’auraient pas trouvé preneur ? " Je n’ai jamais entendu cette raison ", répond M. Turgeon.

Justin Paquet, vice-président à la Financière Banque Nationale (l’acteur le plus important dans le marché des obligations) se souvient bien de cette transaction et explique pourquoi une obligation émise sans précautions aurait pu causer tant de branle-bas sur le marché.

À un moment donné, toute obligation trouve preneur, fait-il observer. Mais ce que le ministère des Finances a voulu éviter, c’est le risque de voir le taux d’intérêt grimper jusqu’à ce que l’on soit capable de vendre l’obligation. " C’est ça qui aurait été dangereux, que l’on brise le marché pour les emprunteurs qui viendront ensuite - un hôpital universitaire, l’Université de Montréal, par exemple. Ça aurait créé une nouvelle référence et ça aurait entraîné des coûts additionnels pour tout éventuel emprunteur qui vient dans ce marché (obligataire). "

Si cette décision a été prise pour le bien des marchés, quel est l’intérêt du contribuable dont le gouvernement est le seul détenteur d’obligations très décotées ?

Si le gouvernement avait agi autrement, dit M. Paquet, le contribuable aurait été bien plus perdant. " À cause de cette émission d’obligations qui aurait mal tourné, tous les coûts des futurs emprunteurs du secteur public s’en seraient trouvés haussés. " En clair : de futurs hôpitaux ou pavillons universitaires en quête de financement auraient donc coûté plus cher.

Bien que principal bailleur de fonds de l’îlot Voyageur par la force des choses, Québec répète qu’il n’a su qu’en octobre que l’UQAM fonçait droit dans un mur avec ses projets immobiliers au financement bancal.

" Aussitôt que mon prédécesseur (le précédent ministre de l’Éducation, Jean-Marc Fournier) en a été informé, il a pris toutes les mesures requises pour demander un plan de redressement et s’assurer que les gens de l’Université du Québec à Montréal prenaient leurs responsabilités ", a déclaré hier la ministre de l’Éducation, Michèle Courchesne, pressée de questions sur le sujet par l’opposition à l’Assemblée nationale.