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Québec récupère l’îlot Voyageur

Paru ce samedi dans Le Devoir

[ mardi 4 septembre 2007]


LES ACTUALITÉS, samedi, 1 septembre 2007, p. a1

Québec récupère l’îlot Voyageur En contrepartie, l’UQAM est sommée de rétablir son équilibre budgétaire

Cauchy, Clairandrée ; Lévesque, Kathleen Le Devoir

Québec vient à la rescousse de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en lui retirant des mains l’îlot Voyageur, et le gouffre financier qu’il représente. En contrepartie, l’UQAM est sommée de présenter un plan de redressement qui rétablit l’équilibre budgétaire dans les plus brefs délais.

« Comme l’université n’a certainement pas démontré sa capacité de gérer un projet immobilier de cette ampleur, nous allons la dégager de cet impact financier et nous allons, en collaboration, trouver un promoteur », a tranché la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, lors d’une rencontre éditoriale avec Le Devoir.

Cette décision gouvernementale est survenue à la fin de la semaine, après d’intenses discussions auxquelles a été étroitement associée la ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. Mardi soir dernier, le conseil d’administration de l’établissement a abordé le dossier du plan de redressement sans qu’un tel scénario soit évoqué. Il était plutôt question des demandes du ministère, formulées la semaine précédente, d’inclure dans le plan de redressement l’impact financier de l’îlot Voyageur et une amorce de remboursement de la dette. Le conseil d’administration avait alors rejeté du revers de la main les exigences de Québec.

Visiblement exaspérée, la ministre Courchesne a rencontré hier matin la rectrice par intérim de l’université, Danielle Laberge, ainsi que le vice-président du conseil d’administration, Jacques Girard. « J’ai haussé le ton, ils sauront vous le confirmer. [...] C’est assez ! Cela fait plus de neuf mois qu’on a un accompagnement assidu et inédit. Cette façon de travailler devra changer et la rectrice devra comprendre que nous sommes les bailleurs de fonds et qu’il faut que des solutions véritables soient rapidement mises sur la table », a affirmé la ministre.

Le gouvernement n’entend pas se satisfaire du plan de redressement présenté par l’UQAM en juin dernier, qui réduit seulement de moitié le déficit accumulé de 303 millions sur une période de cinq ans. « Un plan de redressement, il faut être très clair, c’est un document qui nous fait la démonstration d’un retour à l’équilibre budgétaire. Cela peut être dans trois ans, cinq ans, sept ans ou dix ans », a déclaré Mme Courchesne, soulignant au passage que le consultant de l’UQAM, Lucien Bouchard, est on ne peut mieux placé pour comprendre le concept du déficit zéro.

Mardi, le conseil d’administration a pourtant réaffirmé qu’il entendait négocier sur la base des paramètres du plan de redressement présenté en juin. Cet « entêtement » irrite la ministre : « J’ai le sentiment que je suis en train de donner un cours de gestion 101. Je n’en reviens pas ! »

Mme Courchesne estime que le travail de l’UQAM traîne en longueur et souhaite que les administrateurs prennent leurs responsabilités. « Si le conseil d’administration croit qu’en prenant beaucoup de temps le gouvernement va être obligé de faire un chèque, j’ai de mauvaises nouvelles pour lui. Cela ne se passera pas comme cela. Ils ne sont pas différents des autres universités québécoises », a-t-elle rappelé.

Aussi, la ministre prévient que sa « limite est atteinte » et qu’elle a « d’autres possibilités ». « Je suis certaine que, dans les autres possibilités que j’ai évoquées ce matin, l’UQAM a compris que j’étais très sérieuse - et ce n’est pas la tutelle à cette étape. »

Concrètement, Québec reprend sous son aile le dossier de l’îlot Voyageur. Cinq constructions distinctes composaient le projet initial de l’îlot Voyageur. Seuls les stationnements souterrains et la gare d’autobus sont presque complétés. Le chantier des résidences étudiantes se limite à la structure de l’édifice. Quant à la tour de bureaux et au pavillon universitaire, ils n’existent que sur des plans d’architecte.

L’îlot sera transféré à un promoteur privé. La ministre n’a cependant pas voulu entrer dans les modalités de l’opération, qui comporte des ramifications juridiques importantes vu le contrat liant la firme Busac à l’UQAM. Le trou creusé par l’autre projet immobilier déficitaire, le Complexe des sciences, devra néanmoins être assumé par l’UQAM.

L’intervention de Québec est directement liée à l’incidence que pourrait avoir la crise de l’UQAM sur la cote de crédit de l’établissement. Du coup, la capacité d’emprunter du gouvernement pourrait être affectée, estime la ministre. « ll n’est pas question pour nous d’envoyer le signal que ce n’est pas grave et qu’on va continuer à traîner un déficit sans dire comment il sera résorbé. Sur les marchés financiers, c’est totalement inacceptable », a fait valoir Mme Courchesne.

Les efforts de compressions exigés de l’UQAM menaceraient la mission universitaire, clament depuis quelques mois les administrateurs. Cet argument n’impressionne pas la ministre, qui exige qu’on lui fasse une démonstration étayée avant de crier au loup. « Soumettez-nous ce plan, nous évaluerons ensemble les conséquences et nous prendrons les décisions appropriées. Arrêtons de dire qu’on va faire sauter la baraque ! », a-t-elle répliqué.

Cette dernière réitère qu’elle ne souhaite pas amputer la mission de l’université, mais seulement obliger l’établissement à faire face à ses responsabilités. Quant à l’argument du sous-financement chronique invoqué par l’UQAM qui expliquerait en partie la situation précaire de l’université, la ministre Courchesne le réfute. Elle plaide en faveur de l’équité administrative entre les universités.

Sur un ton qui ne laisse place à aucune réplique, la ministre de l’Éducation conclut que l’autonomie de l’UQAM « ne veut pas dire qu’on ne doit pas rendre des comptes ».

La direction de l’université n’a pas souhaité commenter pour l’instant la décision gouvernementale.