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Dossier UQÀM et gouffre financier

Québec retient 100 millions de subventions

Paru aujourd’hui dans La Presse

[ mercredi 16 mai 2007]


La Presse Actualités, mercredi 16 mai 2007, p. A11

UQAM

Québec retient 100 millions de subventions

Le gouvernement entend reprendre le contrôle des décisions immobilières des universités

Lessard, Denis

Québec - Le gouvernement Charest retient désormais 100 millions de "subventions conditionnelles" pour forcer l’UQAM à présenter rapidement le "plan de redressement" qu’on lui a déjà demandé l’an dernier.

Selon les informations obtenues par La Presse, les membres du conseil d’administration de l’UQAM, réunis hier matin ont appris qu’ils ne pourraient prendre connaissance du rapport de KPMG commandé l’an dernier pour évaluer la "gouvernance" à l’UQAM. Le rapport qui doit faire l’objet de vérifications légales sera rendu public la semaine prochaine.

Et hier soir, à l’Assemblée nationale, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget a indiqué sans détour que le gouvernement entendait reprendre le contrôle des décisions immobilières des universités au Québec. Cette autonomie financière, qui a de graves conséquences sur les fonds publics, n’est pas permise aux hôpitaux ou aux autres organismes publics, a fait valoir Mme Jérôme-Forget en réplique aux observations du critique adéquiste aux Finances, Gilles Taillon.

Le conseil d’administration de l’UQAM savait déjà que des subventions de 28 millions de dollarsavaient été retenues pour deux années. Il a été informé hier d’une pression supplémentaire de 40 millions, qui fait monter le total à près de 100 millions. "Si ces sommes ne sont pas versées, on n’aura pas le choix de mettre l’UQAM en faillite", constate-t-on à l’interne. À cause de ces retenues, le conseil n’a pas pu approuver ses états financiers, indique-t-on. Or ces versements n’ont rien à voir avec les problèmes immobiliers de l’îlot Voyageur, indique-t-on.

À l’Assemblée nationale, Mme Jérôme Forget s’est dite indignée du "désastre" financier dans lequel s’était embourbée l’UQAM.

"Je suis outrée par ce qui arrive à l’UQAM. Je ne vais pas prendre la défense du conseil d’administration ou de la direction, il est évident qu’il s’est passé des choses inacceptables et qu’il va y avoir des correctifs" a-t-elle annoncé en soirée.

Pour elle, "il doit y avoir des changements" aux règles qui permettent actuellement aux universités d’entreprendre des démarches pour des constructions qui, théoriquement, doivent s’autofinancer.

Ce genre de transactions avait débuté en 2002 avec un projet de 200 millions de Concordia. McGill avait suivi avec un projet de 150 millionsqui aussi s’autofinançait.

Devant le "désastre de l’UQAM, cela ne peut pas se poursuivre. Cette autonomie financière que s’approprient les universités ne tient tellement pas la route ;il va falloir qu’il y ait des correctifs", a-t-elle promis.

Même titulaire du Conseil du Trésor, au moment des décisions malheureuses à l’UQAM, " j’avais zéro autorité. Le recteur m’aurait envoyé promener. Il est clair qu’il faut qu’il se passe des choses", a estimé la ministre des Finances.

Les échos qu’elle dit entendre quant à des projets similaires à Sherbrooke l’inquiètent. " Cela ne peut pas se reproduire ", prévient-elle.

Selon Mme Jérôme-Forget, le gouvernement a décidé d’acheter la totalité des 269 millionsde dollars d’obligations émises en avril 2006 par l’UQAM uniquement parce que le taux qui leur était accordé était supérieur à celle des autres émissions des institutions publiques. "C’était pour empêcher qu’il y ait un impact dans tous les secteurs, Hydro, le gouvernement, Financement Québec" que le ministère des Finances a rapidement acheté toutes les obligations. Le Ministère était fort mécontent d’apprendre qu’une telle émission ait pu être lancée sans qu’on l’ait prévenu.

Pour le critique de l’ADQ aux Finances, Gilles Taillon, il est surprenant que le Ministère n’ait aucun contrôle sur l’émission d’obligations par ces institutions publiques. Il faudra trouver un moyen de contrôler ces décisions prises par les conseils d’administration, observe-t-il.

Pour le PQ, Rita Dionne-Marsolais a souligné qu’il était curieux que le gouvernement ait fermé les yeux sur des augmentations importantes de la marge de crédit de l’UQAM, des décisions qui auraient dû mettre la puce à l’oreille.