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Dossier UQÀM et gouffre financier

Rapport d’enquête de la firme KPMG - Double comptabilité à l’UQAM

Paru le 26 mai dans Le Devoir

[ samedi 26 mai 2007]


Kathleen Lévesque Édition du samedi 26 et du dimanche 27 mai 2007

Mots clés : budget, finances, UQAM, Montréal

L’administration envisage de poursuivre les responsables du bourbier financier

Un premier élément éclaire enfin le vaste casse-tête financier de l’UQAM. Passé au crible par la firme KPMG, le Complexe des sciences révèle des failles graves en matière de gestion de projet. Dans le cas de l’îlot Voyageur, l’analyse est en cours.

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) envisage d’intenter des poursuites contre les responsables de la dérive financière du Complexe des sciences.

En rendant public hier le rapport de la firme KPMG sur le suivi des coûts et la reddition de comptes de ce projet immobilier qui a creusé un trou de 100 millions de dollars, l’UQAM a ainsi dévoilé que le Complexe des sciences avait profité d’une double comptabilité. Confrontée à ces faits, la direction de l’UQAM a mandaté ses procureurs afin de déterminer « les responsabilités des personnes impliquées et, si cela s’avère pertinent, d’entreprendre les recours appropriés ».

« Je suis en furie », a lancé hier Jacques Girard, président du comité de vérification du conseil d’administration de l’UQAM. Selon lui, « cette institution ne mérite pas le sort qui lui est fait ; les professeurs, les étudiants et le personnel ne méritent pas de vivre ce qu’ils vivent à l’heure actuelle ».

KPMG, mandatée l’automne dernier alors que Le Devoir révélait l’impasse financière du Complexe des sciences, a détaillé la chronologie de toutes les étapes du projet. La firme ne soumet aucune conclusion ni aucune recommandation. Mais les faits parlent d’eux-mêmes.

Le directeur des investissements, Nicolas Buono, avait établi deux versions du suivi budgétaire du Complexe des sciences : une version destinée au conseil d’administration et une autre pour usage interne. Par exemple, le 16 novembre 2004, M. Buono avait entre les mains une évaluation du projet qui démontrait que les coûts dépasseraient de 4,3 millions le budget prévu. Une semaine plus tard, on affirmait aux administrateurs que le complexe devait coûter 20 millions de moins qu’anticipé.

Celui qui tenait les cordons de la bourse, le vice-recteur aux ressources humaines et aux affaires administratives, Mauro Malservisi, savait que la version présentée au conseil d’administration ne reflétait qu’une partie des vrais coûts de construction. Il affirme aujourd’hui qu’il était d’accord puisque les dépassements de coûts devaient être réglés en fin de parcours.

En fait, les deux hommes affirment que l’UQAM a historiquement appliqué cette façon de faire pour les projets immobiliers. M. Malservisi est bien placé pour le savoir puisque, déjà en 1973, il était le directeur de la construction des immeubles qui forment le coeur de l’UQAM.

Nicolas Buono, qui a par ailleurs reçu le Prix carrière du réseau de l’Université du Québec en 2004, a mentionné à KPMG que le recteur Roch Denis savait que les coûts du projet étaient supérieurs au budget prévu par les administrateurs. Quant à lui, M. Denis a indiqué ne l’avoir appris que l’été dernier, soit au moment de la retraite de M. Malservisi, lui-même remplacé par Monique Goyette.

Quant à l’existence de la double comptabilité, Roch Denis assure qu’il l’ignorait. M. Buono a corroboré cette affirmation. Depuis janvier dernier, M. Buono est en congé avec solde. Dans l’autre dossier immobilier désastreux de l’UQAM, l’îlot Voyageur, Nicolas Buono a joué un rôle de premier plan. C’est lui qui a négocié le contrat avec la firme Busac dont l’UQAM essaie aujourd’hui de se délier.

Jacques Girard a insisté hier pour dire qu’il y avait un lien de confiance très fort avec le conseil d’administration, qui ne pouvait pas soupçonner qu’on lui cachait des données cruciales. « Ils étaient à l’université depuis plus de 30 ans. Nous posions des questions et nous obtenions des réponses. Ce que nous étions loin de nous douter, c’est qu’il y avait une version interne et une version pour le conseil », a fait valoir M. Girard, niant qu’il y ait eu quelque laxisme que ce soit de la part des administrateurs.

KPMG mentionne toutefois que le conseil d’administration a approuvé le projet sans que le montage financier soit complété. Une participation financière substantielle du gouvernement était attendue. Une aide de 25 millions a effectivement été accordée, mais le recteur Denis n’a jamais déposé, que ce soit au conseil d’administration, au comité exécutif ou à l’équipe de direction, la lettre du ministère de l’Éducation qui indiquait qu’aucune aide supplémentaire ne serait versée.

Le rapport indique que les administrateurs ont appris en juin 2005 que le programme d’infrastructures n’existait plus. Mais Roch Denis continuait à informer « les membres du C.A. que les démarches auprès du MELS [ministère de l’Éducation] se poursuivaient ».

De plus, le conseil d’administration était favorable à ce que l’UQAM opte pour la méthode accélérée, qui comporte des risques de coûts additionnels. Ce choix se justifiait, selon le conseil d’administration, par le respect de l’échéancier.

Par ailleurs, tous les changements apportés au concept étaient sous la seule responsabilité de Nicolas Buono. Il y en a eu pour 36 millions de dollars, notamment l’ajout de deux pavillons, dont les résidences étudiantes. KPMG souligne qu’aucun changement ne semble inhabituel et que rien ne laisse croire qu’il y aurait eu « enrichissement personnel » par une des personnes impliquées dans le dossier.

Il faut également souligner que le comité de vérification n’a rien vérifié des projets immobiliers entre 2002 et 2005. Jusqu’à l’automne dernier, il n’avait aucun pouvoir d’initiative et n’examinait que le budget de fonctionnement. Même chose pour la vérificatrice générale de l’UQAM, qui ne vérifiait que ce que le recteur voulait bien lui soumettre. Depuis, une structure indépendante a été créée.