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Riposte au recteur de l’UQAM, Claude Corbo

Lettre ouverte des associations étudiantes mobilisées

[ jeudi 27 mars 2008]


Riposte au recteur de l’UQAM, Claude Corbo

Depuis le 11 février dernier, les associations étudiantes de l’UQAM sont entrées successivement en grève. Aujourd’hui 4 associations regroupant environ 14 000 étudiants manifestent leur mécontentement face à l’administration de l’université. Les revendications sont simples : les étudiants s’opposent au plan de redressement imposé par le gouvernement et endossé par le recteur, Claude Corbo et exigent un réinvestissement public.

Celui-ci a étalé sa vision de la grève en ces pages, mercredi dernier. Les associations mobilisées répondent aujourd’hui aux propos tenus par le recteur.


Monsieur Corbo,

À vous entendre, l’UQAM est, depuis le début de la grève, le terrain d’un affrontement physique perpétuel où forces de l’ordre défendent corps et âmes l’institution face aux violents étudiants grévistes. À vous entendre, des guérilleros enchaînent attentats et enlèvements dans l’objectif de réduire l’UQAM à néant.

Franchement, monsieur le recteur ! Un peu de sérieux et beaucoup moins de démagogie seraient de mise.

Certes, il règne un climat de tension à l’intérieur des murs de l’université. Sachez qu’en rien, la présence d’une pléthore de gardiens de sécurité n’améliore la situation. Car comme de nombreux professeurs l’ont confirmé, l’attitude des étudiants durant la grève n’est pas celle d’une bande de voyous, contrairement à ce que vous prétendez. Le professeur au département d’études littéraires, Jean-François Hamel, a d’ailleurs déposé un affidavit circonstancié soutenant que les étudiants de son département « ont effectué des levées de cours sans aucune forme d’intimidation, et sans manifester quelconque agressivité, ni à (son) endroit, ni à l’endroit de (ses) collègues » et qu’il n’a été témoin « d’aucun dérapage et aucune situation inquiétante n’a été rapportée dans (sa) faculté ».

Nous reconnaissons qu’il y a eu une perturbation le 13 mars dernier. Des étudiants ont enfoncé une porte alors que la Commission des études allait se prononcer sur un retour forcé en classe (la grève n’est-elle pas votée démocratiquement ?). Si des gestes graves avaient été posés, la police, qui était sur les lieux, aurait procédé à des arrestations, ce qui n’est pas le cas. Enfoncer une porte est certes discutable, mais nous ne nous affairons visiblement pas à vandaliser la totalité de l’université, comme vous le laissez entendre. Avec fierté et vigueur, nous revendiquons une voix au chapitre.

Pour nous, la destruction de l’UQAM, c’est plutôt le plan de redressement que vous comptez appliquer. Un plan de redressement qui assure à l’institution publique qu’est l’UQAM d’être gérée comme une entreprise privée. Votre vision (sic) du redressement (sic) implique l’élimination de programmes et de cours qui ne sont pas rentables : belle façon d’assurer un enseignement de qualité ! Et que dire de l’augmentation des frais afférents qui briment encore davantage le droit d’accès aux études supérieures, ce qui contredit la mission même des universités du Québec.

Selon nous, ce n’est pas la solution pour sauver l’UQAM, au contraire. Ce n’est pas en coupant les services d’une institution déjà sous-financée qu’un administrateur, aussi doué soit-il, pourra la remettre sur les rails. Le rapport de la firme comptable PriceWaterhouse Coopers soutient plutôt que la santé de l’UQAM passe par un réinvestissement majeur du gouvernement : c’est ce que nous demandons depuis le début de la crise financière, c’est ce que vous vous bornez à ignorer.

Vous feignez de ne pas comprendre le message de notre lutte. Habile stratège de relations publiques ! Conciliation famille-étude et gratuité scolaire, aussi nobles soient-elles, ne sont pas nos chevaux de bataille. Étonnamment, M. Corbo, les revendications ont été rapportées avec brio par vos avocats de la firme Fraser et figurent sur la demande d’injonction. Pour ce qui est de votre plaidoirie dénonçant l’horrible violence dont les étudiants font preuve, nous vous invitons à descendre de vos luxueux bureaux pour voir que, dans l’ensemble, les activités de mobilisation étudiante sont pacifiques et n’ont rien de démesuré. La réaction de l’administration, par ailleurs, estomaque ceux qui fréquentent l’institution depuis plusieurs années. Par des recours judiciaires, vous avez tenté de bâillonner vos propres étudiants tout simplement parce qu’ils manifestent leur désaccord quant à votre à-plat-ventrisme devant le gouvernement.

Un autre signe de votre désir de contrôler l’institution d’une main de fer est votre entêtement à traiter les étudiants comme de simples clients. Vous refusez systématiquement de considérer la communauté étudiante comme un acteur politique crédible. La preuve : lors de la dernière commission des études, une résolution a été adoptée pour appuyer l’instauration d’une table de négociations visant la concertation des associations étudiantes dans le redressement de l’université et vous êtes un des deux seuls membres de la commission à s’y être opposé. Pour vous, consulter les étudiants par rapport au sort de leur université est une aberration. Pour nous, c’est une obligation. Parce que si les intérêts des étudiants ne sont pas pris en compte, qui sera intéressé à étudier dans une telle université ?

Dans votre lettre ouverte, M. Corbo, vous défendez l’injonction émise par la Cour supérieure du Québec pour baliser l’exercice du droit de manifestation. Heureusement que le juge n’a pas acquiescé à vos demandes initiales qui étaient totalement anti-démocratiques. Bien que vous étiez professeur de sciences politiques, il semble que vous ne maîtrisiez pas les bases de la démocratie. Vos requêtes avaient pour but évident de casser la grève en interdisant des regroupements citoyens aussi nécessaires à l’équilibre social que des manifestations et en forçant carrément les étudiants à retourner sur les bancs d’école.

Votre arrogance n’aura fait que raviver la flamme du mouvement étudiant. Nous ne baisserons pas les bras devant vos tentatives d’intimidation. Aujourd’hui, les associations en grève peuvent compter sur des appuis de taille qui s’opposent à votre façon de gérer le conflit : CSQ, divers syndicats de l’UQAM, Ligue des droits et liberté et Québec solidaire. Aujourd’hui, les étudiants remettent en doute non seulement le plan de redressement, mais votre capacité à diriger l’UQAM. Aujourd’hui, les étudiants en ont assez.