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Récents développements

Situation financière de l’UQAM : Une dangereuse entente a été conclue

[ lundi 15 octobre 2007]


Voici la copie d’un courriel qui a été envoyé aux membres de l’AESSUQÀM concernant les récents développements dans le dossier de la crise financière de l’UQAM :


Bonjour à vous toutes et tous,

Le 27 septembre dernier, le Conseil d’administration de l’UQAM se prononçait sur une entente conclue entre la direction de notre université et la ministre de l’Éducation.

Ce courriel cherchera donc à resituer la crise financière de notre université selon les récents développements.

Je rappelerai que je siège en tant que représentant des étudiants-es de l’UQAM au Conseil d’administration - l’instance suprême - de notre université. L’information que je vous transmets aujourd’hui est une information qui a été corroborée par l’autre représentant des étudiants-es au conseil et qui fut très largement diffusée auprès des différentes associations facultaires étudiantes de l’UQAM, principalement dans le cadre d’assemblées générales de grève.

Crise financière de l’UQÀM (mise en contexte)

Confrontée à une crise financière sans précédent, crise financière qui s’est aggravée par la mauvaise gestion administrative des projets du complexe des sciences et de l’îlot voyageur, l’UQAM s’est vu placée devant l’obligation de produire un plan de redressement, plan visant à détailler des mesures financières qui permettraient à notre université de retrouver l’équilibre budgétaire. Rappelons que l’UQAM, sans ce plan, prévoyait un déficit annuel de 300M$ en 2012. C’est face aux impératifs du ministère de l’Éducation et du réseau de l’Université du Québec (UQ), dont l’UQAM est membre, que la direction de notre université s’est lancée dans l’élaboration d’un tel plan. Le plan prévoit des coupures/augmentation de revenus de l’ordre de 30M$ par année pendant 5 ans ou 150M$ d’ici 2012, soit la moitié du déficit anticipé de 300M$. Ce plan a été adopté le 13 juin dernier par le Conseil d’administration de l’UQAM.

Les mesures financières mises de l’avant concernent des hausses de frais afférents, augmentation de la tarification des services offerts par l’UQAM, coupures dans les cours et programmes, moratoire sur l’embauche des professeurs-es, coupures dans les contrats aux auxiliaires de cours et de recherche, etc.

Depuis l’adoption du plan de redressement, adopté le 13 juin 2007

La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, avait qualifié le plan de redressement de l’UQAM de "premier pas dans la bonne direction". Bien que nous demeurerions inquiets-ètes d’une telle annonce, les semaines qui suivirent furent passablement tranquilles. Ce n’est qu’au mois d’août que la ministre demandera à l’UQAM d’aller bien au-delà du plan adopté et de résorber l’autre 150M$ de déficit prévu en 2012.

Dans les jours qui suivirent, et pour la première fois depuis le scandale financier du complexe des sciences en novembre 2006, la direction de notre université se prononcera contre une demande de la ministre de l’Éducation. S’en suivra un houleux échange de lettres dans les journaux entre la rectrice Laberge et la ministre Courchesne ainsi qu’une résolution du Conseil d’administration de l’UQAM à l’effet que la direction de notre université ne négocierait rien d’autre que les mesures du plan de redressement du 13 juin.

Pour la première fois, la direction de notre université s’engageait à dénoncer les impératifs du ministère et de l’Université du Québec. La collaboration avec la communauté universitaire semblait désormais la stratégie privilégiée, collaboration annoncée au nom de la défense de notre université. La direction de notre université qualifiera même sa stratégie initiale "d’échec", stratégie qui consistait à répondre, par la responsabilité gestionnaire, aux demandes formulées à l’endroit de l’UQAM. La direction de notre université appellera même la communauté étudiante à la mobilisation.

Coup de théâtre

Lors du Conseil d’administration du 25 septembre dernier, nous avons appris que la direction de notre université s’était lancée dans l’élaboration d’un protocole d’entente entre l’UQAM et le ministère de l’Éducation. Nous ne pouvions cependant en connaître la teneur puisque ce dernier était sous huis clos, confidentiel. Les représentants des étudiants-es et certains-es professeurs-es ont souligné leur malaise face à une entente dont nous ne connaissions pas l’existence et surtout l’absence de discussion entourant les grandes lignes à partir desquelles celle-ci était élaborée.

La direction de notre université reprenait alors le discours initial, c’est-à-dire celui où nous devons répondre aux demances qui nous sont faites et ne pas chercher à froisser la ministre. C’était alors un retour à la concertation, retour à la case départ. Terminé le discours de la défense, le discours de la collaboration avec la communauté universitaire.

Dans la foulée, les représentants des étudiants-es proposent que le Conseil d’administration s’engage à ne pas fermer de départements et/ou de facultés dans le cadre du plan de redressement. Seuls les deux représentants des étudiants-es s’exprimeront en faveur d’une telle résolution. Aucune abstention ne sera exprimée.

Entente survenue entre la ministre de l’Éducation et l’UQAM

C’est le 27 septembre dernier, en séance, que nous, les représentants des étudiants-es au conseil, avons pu consulter le protocole d’entente intervenu entre la direction de notre université et la ministre de l’Éducation.

En voici les principaux éléments :

- Première étape :

La firme comptable de l’UQAM, PricewaterhouseCoopers (PwC), qui avait participé à l’élaboration du plan de redressement du 13 juin, doit parachever l’élaboration du plan en identifiant notamment des nouvelles mesures qui nous rapprocheraient de l’équilibre budgétaire ou, autrement dit, de 300M$ au lieu de 150M$.

La firme comptable de l’Université du Québec, Ernst & Young (E&Y), qui maintient depuis le plan de redressement du 13 juin que l’UQAM peut aisément couper de 50M$-60M$ par année au lieu des 30M$ prévus, participera indirectement à la révision du plan de redressement.

L’objectif est que PwC dépose un rapport de ses travaux pour le 30 novembre 2007. Ce rapport devra être le plus consensuel possible entre les deux firmes comptables ci-haut mentionnées ou sinon les différents qui subsisteront devront clairement être identifiés. L’Université du Québec et E&Y bénéfiecieront de 15 jours pour commenter le rapport de PwC.

Quel est donc le but visé ? Réussir une fois pour toute à dissiper les doutes concernant la capacité de l’UQAM à resorber ou non la totalité de son déficit budgétaire par elle-même. 30M$ annuellement demeure apparemment la position de la direction de l’UQAM et cette dernière espère que cette position demeurera celle de PwC. De l’autre côté, le ministère de l’Éducation (et le ministère des finances, qui plus est), l’Université du Québec et E&Y demande au moins 50M$ par année au lieu de 30M$. Comment passer au travers de l’impasse comptable sans qu’il y ait une entente entre les deux firmes comptables qui s’affrontent, sans qu’il y ait un compromis ? ..40M$ par année ?

- Deuxième étape :

Le rapport est acheminé au comité des sages (c’est le nom qu’il porte dans l’entente). Les 3 sages seront nommés-es et mandatés-es que par la ministre de l’Éducation. Ce sages effectueront une analyse du rapport de PwC et formuleront des recommandations à la ministre de l’Éducation. Ces recommandations seront également acheminées à l’Université du Québec ainsi qu’à l’UQAM. Celles-ci devront être acheminées au plus tard le 31 janvier 2008.

Quel est donc le but visé ? Revoir l’analyse financière des firmes comptables pour déterminer si les nouvelles mesures proposées n’affectent pas la mission de l’UQAM. Ce que nous risquons ici c’est que les firmes comptables identifient des mesures sans égard à la mission, car celle-ci serait finalement déterminée qu’après coup. Nous risquons par conséquent que la mission de l’UQAM soit "ajustée" aux coupures/augmentation de revenus proposés afin que le discours initial demeure, c’est-à-dire que le redressement financier de l’UQÀM n’affecte pas sa mission académique et sociale. Point intéressant aussi, un ancien ministre libéral fédéral, qui siège au Conseil d’administration de l’UQAM, a soulevé ses inquiétudes face à ce comité ; du temps qu’il était ministre, lorsqu’il avait recours à un tel comité c’était pour que ce dernier réitère sa position. Hors, la position de la ministre Courchesne nous la connaissons déjà...

- Troisième étape :

Entre le 31 janvier 2008 et le 29 février 2009, l’UQAM, la ministre de l’Éducation et l’Université du Québec devront s’entendre sur les suites à donner en rapport aux recommandations faites par le comité des sages. De quelle marge de manoeuvre les parties disposeront-elles après la production d’un nouveau rapport comptable et de l’analyse des sages ? À cette étape, l’UQAM pourra-t-elle dénoncer les mesures additionnelles de redressement en sachant pertinemment qu’elle était partie prenante de cette entente et qu’elle y a participée ? J’en doute énormément. Le but de cette démarche c’est que nous arrivions à la fin à un seul plan de redressement qui ne pourrait plus être contesté.

L’UQAM est bien seule dans cette aventure, car elle n’est actuellement défendue que par sa direction qui, force est d’admettre, n’a pas offert une grande opposition aux demandes formulées par la ministre Courchesne et l’Université du Québec. Je crains par conséquent le pire.

En conclusion

L’UQAM, une institution publique, est confrontée à une crise de financement sans précédent. Cependant, cette crise de financement, elle ne l’a pas créée toute seule. Bien entendu, il y a eu une mauvaise gestion administrative des projets du complexe des sciences et de l’îlot voyageur, mais il ne faudrait pas oublier pourquoi l’UQAM s’est lancée dans de tels projets. Elle y voyait la possibilité de se développer, de combler son déficit d’espace, mais les projets se voulaient aussi des moyens de générer des revenus supplémentaires. L’UQAM s’est donc lancée dans des projets immobiliers pour tenter, entre autre, de pallier à son sous-financement public chronique. Nous assistons donc à une mutation de nos universités qui, au lieu d’assurer leur mission première, doivent dénicher de nouvelles sources de revenus et s’improviser, comme dans le cas de l’UQAM, en promoteur immobilier, en émetteur d’obligations, etc, etc. Par les demandes qui sont faites par la ministre de l’Éducation et l’Université du Québec, ces deux acteurs dénaturent l’UQAM en une institution privée, dans ce sens où toutes les solutions qui sont mises de l’avant actuellement passent par des mesures privées, c’est-à-dire assumées par la seule communauté universitaire de l’UQAM. La seule solution viable est sur toute les lèvres, c’est un réinvestissement public massif dans nos universités, mais apparemment le ministère (et donc le gouvernement actuel) ne l’entend pas de la sorte.

Patrick Véronneau
Coordonnateur général AESSUQÀM
Représentant des étudiants-es de l’UQAM au Conseil d’administration