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Dossier UQÀM et gouffre financier

UQAM : 5,5 millions pour faire la lumière sur le bourbier financier

Paru aujourd’hui dans Le Devoir

[ mardi 29 mai 2007]


Le Devoir LES ACTUALITÉS, mardi 29 mai 2007, p. a3

UQAM : 5,5 millions pour faire la lumière sur le bourbier financier

Lévesque, Kathleen ; Cauchy, Clairandrée Le Devoir

Les déboires immobiliers de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) coûteront aussi cher en contrats de vérification externe, études financières et autres avis juridiques que ce que l’université prévoit effectuer comme compressions dans son budget de financement pour 2007-08.

L’UQAM a déjà déboursé jusqu’à présent 2,5 millions pour faire la lumière sur les problèmes financiers et de gouvernance liés à la construction du Complexe des sciences et de l’îlot Voyageur. Une autre somme de 3 millions a été prévue pour l’année 2007-08, selon la version préliminaire du budget adoptée jeudi dernier. Ce sont donc 5,5 millions sur deux ans qui sont consacrés aux suites de l’aventure immobilière de l’UQAM. C’est presque autant que les six millions qui seront amputés du budget de fonctionnement en 2007-2008, dans l’espoir de limiter le déficit d’opération à 30 millions.

« C’était impossible de ne pas faire de processus de révision des opérations au niveau du Complexe des sciences. Dans le cas de l’îlot Voyageur, il fallait absolument avoir des analyses financières, des analyses juridiques. Il fallait être accompagné dans une situation comme cela », explique en entrevue au Devoir, la vice-rectrice à l’administration et aux finances de l’UQAM, Monique Goyette.

Des grandes firmes de vérification comptable ont été appelées à la rescousse depuis l’automne dernier : KPMG (au sujet du Complexe des sciences), Samson, Belair/Deloitte et Touche (sur la rentabilité de projet de l’îlot Voyageur), Price Waterhouse Cooper (sur l’ensemble de la situation financière de l’UQAM). L’UQAM a également demandé à des avocats un éclairage sur d’éventuelles poursuites judiciaires contre les responsables du désastre du Complexe des sciences.

À cela s’ajoute le mandat accordé à l’ancien premier ministre Lucien Bouchard et au cabinet Davies Ward Phillips & Vineberg, auquel il est associé, pour sortir l’UQAM de l’impasse dans les négociations avec Busac, promoteur du projet de l’îlot Voyageur. Me Bouchard travaille également à l’élaboration du plan de redressement, qui doit être soumis à la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, au plus tard à la mi-juin.

Des sueurs froides

Au cabinet de la ministre Courchesne, on refusait hier de commenter la faillite technique à laquelle fera face l’UQAM cet été, comme le révélait hier Le Devoir. Tout au plus, a-t-on souligné que la recherche d’une solution se poursuit.

Chose certaine, des sueurs froides attendent l’UQAM dès la mi-juillet alors que la marge de crédit de 275 millions sera pleine à 98,2 %.

L’administration de l’université montréalaise est aujourd’hui obligée de gérer ses revenus au cent près, pour être en mesure de répondre à ses obligations courantes. « Au niveau de la marge de crédit, nous surveillons non seulement toutes les semaines, mais tous les jours, les flux financiers. [...] Selon les hypothèses mises sur la table, on devrait passer la période d’été », fait valoir la vice-rectrice à l’administration et aux finances, Monique Goyette.

Un des éléments qui tendent à démontrer l’ampleur du problème est que les paiements des honoraires de certains professionnels qui travaillent sur le projet de l’îlot Voyageur ont été étalés sur quatre à six mois, plutôt que le délai de 30 jours habituel.

Dans le meilleur des cas, si Québec accepte les mesures qui seront proposées dans le plan de redressement, le niveau de la marge de crédit de l’UQAM pourrait avoisiner les 270 millions sur 275 millions à la mi-juillet, au plus fort de la sécheresse financière, a confirmé Mme Goyette.

La direction de l’UQAM reconnaît que les liquidités se feront rares à ce moment, écartant cependant le terme de « faillite technique ». « Tout le monde est conscient, que ce soit au gouvernement, au réseau des Universités du Québec et à l’UQAM, qu’il faut qu’on traverse cette période, d’une façon ou d’une autre », poursuit Mme Goyette.

Pour se maintenir à flot, l’UQAM entend notamment réclamer que Québec consente un financement plus important pour le Complexe des sciences, autant pour les immobilisations que pour l’entretien de l’immeuble.

« Selon les hypothèses mises sur la table, on devrait passer la période d’été. Plusieurs éléments dans la marge de crédit font partie du plan de redressement. C’est toujours sous réserve d’une entente avec le MELS. [...] Si ces hypothèses ne sont pas retenues, il faudra qu’on nous dise quelles sont les nouvelles hypothèses », indique la vice-rectrice Monique Goyette.

La rectrice par intérim de l’UQAM, Danielle Laberge, tentait hier de se montrer rassurante, malgré la tempête budgétaire dans laquelle est plongée son institution. « L’UQAM ne fermera pas demain matin. On a 55 000 étudiants et on n’a pas l’intention que l’UQAM devienne une université de troisième zone », argue-t-elle, soulignant que la moitié du déficit d’opération prévu de 30 millions pour 2007-08 est attribuable non pas à ses aventures immobilières, mais bien au « sous-financement » de ses missions fondamentales.