Dossier immobilier

UQAM : Courchesne intervient

Paru aujourd’hui dans Le Devoir

[ mardi 1er mai 2007]


UQAM : Courchesne intervient

Kathleen Lévesque

Édition du mardi 01 mai 2007

Le coût de la construction du stationnement explose à l’îlot Voyageur Les 600 places de stationnement de l’îlot Voyageur ont coûté près du double du prix prévu à l’origine, contribuant ainsi au dérapage financier de ce projet immobilier mené par l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en partenariat avec la firme privée Busac. Selon les informations recueillies par Le Devoir, chaque espace aurait coûté plus de 60 000 $ plutôt que les 30 000 à 35 000 $ habituellement nécessaires pour ce genre de construction souterraine. Cela s’ajoute au problème de rentabilité du stationnement qui découle de la réduction du nombre de places. L’UQAM a choisi de ne construire que 600 des 800 places prévues pour des considérations écologiques.

La construction étant terminée, le stationnement doit être mis en fonctionnement le premier juin. C’est la Société Parc-Auto du Québec (SPAQ) qui a obtenu, il y a deux semaines, le contrat de gestion pour une période de cinq ans. La vice-rectrice aux affaires administratives et financières de l’UQAM, Monique Goyette, compte parmi les administrateurs de la SPAQ.

L’explosion des coûts de stationnement contribue au marasme financier de l’îlot Voyageur qui devait s’autofinancer. Comme le révélait hier Le Devoir, ce projet qui doit comporter outre les stationnements, le terminus d’autocars, une faculté, des résidences étudiantes et une tour de bureaux, provoque une impasse pouvant atteindre 200 millions. Et ce problème s’additionne à celui de 100 millions lié à la construction du Complexe des sciences.

Et comme si cela ne suffisait pas, les ambitions immobilières de l’UQAM sont devenues un fardeau qui pèse lourd sur le budget de fonctionnement de l’institution. Depuis trois ans, l’UQAM accumule les déficits budgétaires.

Alertée, la nouvelle ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a décidé hier d’intervenir dans le dossier. « C’est une situation que je prends extrêmement au sérieux. Nous avons l’intention d’aller au fond des choses », a affirmé Mme Courchesne en marge du caucus libéral qui se déroulait à Montmagny.

La ministre n’a pas voulu commenter les aspects litigieux du dossier, soulignant qu’elle est en train « de colliger toutes les informations ». Dès aujourd’hui, elle rencontrera la rectrice par intérim, Danielle Laberge, ainsi que le président du conseil d’administration, Alain Lallier.

Cette décision est venue bousculer l’UQAM. D’un commun accord avec le cabinet de Mme Courchesne, il a été convenu de reporter la séance spéciale du conseil d’administration qui était prévue hier soir. Cette réunion devait justement permettre à la direction de l’université de faire la lumière sur sa situation financière pour le moins chaotique. Les administrateurs ont été reconvoqués pour jeudi.

Quelques-uns d’entre eux n’ont pas caché hier leur inquiétude d’autant que les informations sont données au compte-gouttes, a-t-on souligné au Devoir. En vue de la prochaine rencontre, aucune documentation leur permettant de se préparer à débattre ne leur a été fournie ; les informations seront disponibles sur place.

Aussi, la ministre Courchesne a souligné que le président du réseau de l’Université du Québec (UQ), Pierre Moreau, et deux membres de son conseil (instance appelée Assemblée des gouverneurs) rencontreraient le conseil d’administration de l’UQAM au cours des prochains jours.

De plus, Michelle Courchesne a annoncé d’ores et déjà qu’elle tiendrait jeudi ou vendredi « un point de presse pour exposer l’état de la situation et le point de vue du gouvernement dans ce dossier-là ». Pour l’occasion, elle sera accompagnée de Pierre Moreau. Est-ce à dire qu’elle réserve déjà un rôle à l’avant-scène pour l’UQ ? Il a été impossible de le savoir.

Il est toutefois à noter que certains pans des solutions envisagées par l’UQAM pour se renflouer, comme par exemple la vente de cinq des six immeubles achetés depuis cinq ans, doivent être soumis pour autorisation à l’Assemblée des gouverneurs de l’UQ. La vente de certains des immeubles qui ont une valeur patrimoniale importante (la bibliothèque nationale Saint-Sulpice, le Manoir de Mascouche et l’édifice du défunt quotidien La Patrie) soulève par ailleurs certaines craintes, notamment de la part d’Héritage Montréal.

Devant un portrait partiel aussi sombre, certains administrateurs de l’UQAM se réjouissaient d’une possible intervention gouvernementale dans le dossier. De même, le député péquiste Nicolas Girard, critique en matière d’éducation post-secondaire, a fait valoir que le gouvernement, à titre de principal bâilleur de fonds de l’UQAM devait suivre de près les projets immobiliers de celle-ci. « Qu’un projet d’une telle envergure comme l’îlot Voyageur n’ait pas bénéficié d’un suivi serré ni à l’interne ni par le ministère de l’Éducation, c’est très inquiétant. Surtout qu’il s’agit de fonds publics », a commenté M. Girard qui croit que les ratés de l’îlot Voyageur peuvent avoir « un impact négatif sur les opérations courantes de l’UQAM, soit l’enseignement et la recherche ».

La gérance du projet de l’îlot Voyageur est sous la responsabilité de la firme Busac qui est liée par contrat à l’UQAM. Le financement du projet est assuré par un emprunt contracté par Busac, mais garanti par l’UQAM. Ce partenariat fait en sorte que l’UQAM paie à Busac une rente emphytéotique pendant 30 ans de 17,2 millions par année. Au terme de la période de 30 ans, l’UQAM deviendra propriétaire de l’ensemble immobilier.

Il semble que ce contrat soit devenu un carcan pour l’UQAM. Des négociations ont été entamées. Malgré les nombreux appels du Devoir, Busac s’est tenue coite. Sur son site Internet, on apprend que Busac se définit elle-même comme « une entreprise créative et intrépide ».

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En collaboration avec Robert Dutrisac

Le lien :

http://www.ledevoir.com/2007/05/01/...