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Dégel des droits de scolarité

Une commission d’étude est nécessaire

Paru aujourd’hui dans Le Devoir

[ vendredi 27 avril 2007]


Opinion (Le Devoir)
Dégel des droits de scolarité - Une commission d’étude est nécessaire

François Landry, Titulaire d’une maîtrise en histoire du mouvement étudiant

Édition du vendredi 27 avril 2007

Mots clés : droits de scolarité, Parti politique, Étudiant, Québec (province)

Voilà, les étudiants devront payer plus cher pour étudier en septembre prochain ! Le Parti libéral du Québec (PLQ) a tenu promesse. Il procédera à un dégel des droits de scolarité de l’ordre de 50 $ par semestre. L’étudiant ne paiera plus 1668 $ mais bien 2168 $ en 2011-12, sans compter les frais afférents implantés par les universités. Une commission d’étude sur le financement du système d’éducation s’impose. Le gouvernement dégèle à l’aveuglette et se soustrait de son rôle de soutien financier.

Sur quoi se base le PLQ pour chiffrer le dégel à 50 $ par semestre ? N’est-ce pas un montant arbitraire ? Avec ce tarif, les étudiants devront payer 500 $ de plus en cinq ans, ce qui signifie une hausse de 30 %. De son côté, l’Action démocratique du Québec (ADQ) parle plutôt d’indexer les droits de scolarité à l’indice du prix à la consommation, soit environ 2 % annuellement, ce qui représenterait 16 $.

Le PLQ a toutefois mentionné qu’il bonifierait en « concordance » les prêts et bourses et qu’il investirait un milliard de dollars en éducation postsecondaire au cours de son mandat (promesse issue de sa plateforme électorale). Cependant, de cette somme, 800 millions iront directement dans les coûts du système. Il ne reste que 200 millions à partager entre les cégeps et les universités. Si nous divisons cet argent selon les proportions habituelles (40 % pour les cégeps et 60 % pour les universités), il ne reste que 120 millions pour le second groupe.

Avec la hausse des droits de scolarité de 50 $ par semestre, les étudiants des universités verseront à l’État 280 millions en cinq ans. Le calcul est simple : les étudiants financeront eux-mêmes le réseau universitaire. Pour chaque dollar investi par le gouvernement, les étudiants en verseront deux.

Ce désengagement de l’État n’est pas nouveau. Rappelons que les subventions du gouvernement aux universités, par étudiant à équivalence à temps plein, sont demeurées stagnantes entre 1989-90 et 2006-07, passant de 8377 à 8563 $, en dollars constants de 1989-90. Pour pallier le manque à gagner, les universités ont créé les frais afférents. Depuis le gel de 1994, ces frais ont augmenté de 300 %, selon les campus. Ils totalisent 191 $ par année à l’UQTR, 502 $ à l’Université de Montréal et 871 $ à l’université McGill.

Certes, cela fait beaucoup de chiffres, mais le plus important à retenir, c’est la formule que le gouvernement minoritaire a utilisée pour dégeler les droits de scolarité. D’abord, il procède exactement de la même manière qu’en 1989 : le PLQ avait en effet décrété le dégel pendant la période d’examens de décembre. Il annonce cette fois-ci le dégel à la fin du semestre universitaire, le comble n’étant pas la date mais la méthode. Afin d’éviter non seulement un débat de société mais aussi [une discussion] à l’Assemblée nationale, il modifiera les règles budgétaires du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Sans un minimum de consultation publique, la politique du PLQ s’apparente au bâillon.

Finalement, qu’attend l’ADQ pour exiger une commission d’étude sur le financement du système d’éducation ? Mario Dumont, qui s’enorgueillit d’être un démocrate près du « vrai monde », doit jouer son rôle de chef de l’opposition. Le Parti québécois, pour sa part, n’a pas de leçon à donner. Pendant les années des gouvernements péquistes, de 1994 à 2003, les frais afférents ont substantiellement augmenté, sans oublier que l’aide financière aux études est passée de 403 à 279 millions de dollars, atteignant aujourd’hui 375 millions.